29/01/2026
Les Roms dans « Le voyage de Jana »
Le vieux camion de Jana est en panne. Les garages de la ville ne disposent pas de la pièce nécessaire. On lui conseille d’aller voir chez les Roms. Jana :
« Le garagiste m’a dit que peut-être chez vous…
L’homme détourne son regard, sort un paquet de sa poche et allume une cigarette.
- D’abord, ici ce n’est pas chez nous. C’est le dépotoir de la ville. Le seul endroit qui nous est permis.
Jana allait prendre un air compatissant, mais elle laisse Viktor poursuivre.
- Les garagistes viennent rarement me dire bonjour. Ils envoient quelqu’un quand ils sont dans le pétrin. Nous on n’existe pas. Pourtant on nous fuit. C’est donc qu’on existe. On essaye…
Il est interrompu par une voix qui vient d’un groupe, plus loin.
- Ils ont des yeux et ne voient pas...
C’est une femme qui parle. Elle surprend Jana d’abord parce qu’elle porte des lunettes, apparemment c’est la seule dans le camp à en porter.
- ...des oreilles et ils n’entendent pas ! Il y en a pourtant des yeux et des oreilles en Slovaquie, pour les yeux dix millions huit cent quarante mille, un peu plus pour les oreilles, car elles sont presque au complet alors que pour les yeux il y a les borgnes et ceux qui n’en ont plus. Et encore, on a de la chance aujourd’hui qu’ils ne nous voient pas et ne nous entendent pas. Car en quarante, ils nous ont vus malheureusement, personne n’a entendu les cris et les plaintes et nos parents ont fini en fumée. »
Fermons le livre et revenons en France.
Gens du voyage, quelle cible facile ! Ces personnes qui n’ont pas le nez plongé dans le terroir, qui ne sont de nulle part du moins c’est ce qu’on colporte, qui n’habitent ni dans un pavillon en parpaings bien de chez nous, ni dans une tour de béton élevée en quartier « défavorisé », oui ces personnes sont bien gênantes. Cible facile car elles ont peu d’âmes charitables pour les défendre. Qu’un policier verbalise –ou tente de le faire- une femme au visage caché, cela soulève des protestations, des rassemblements et des commentaires à n’en plus finir réclamant la tolérance. Mais qu’on accable « ces gens venus de l’est de l’Europe », qu’on les désigne comme des êtres nuisibles menaçant la paix de nos villages, cela n’indigne personne ou presque. Quand il s’agit des Roms, on oublie tout, la tolérance, les droits de l’homme, le « vivre ensemble », le droit à la différence. Quand il s’agit des Roms, tout le monde est d’extrême droite.
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11:39 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gens du voyage racisme, intolérance

