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06/11/2017

When the blossom comes to bloom

 

 

 

 Pour écrire des notes de voyages, tenir un journal, il ne faut pas que l’émotion soit trop forte. Beaucoup de choses peuvent être racontées, anecdotes, pas toujours amusantes sur le coup d’ailleurs, mais comme le temps passé –surtout en vacances- est toujours joli, il est plaisant de faire partager aux proches et aux amis les épisodes d’une aventure même si elle est un million de fois moins spectaculaire que l’ascension du Mont Blanc sur un seul pied en fermant un œil, expérience non encore tentée mais cela ne saurait tarder au train où vont les choses. Vous rendez-vous compte ? Raconter son voyage dans un pays européen dont les habitants souffrent d’une baisse du pouvoir d’achat, alors que des journalistes intrépides risquent leur vie dans des pays en guerre sans pouvoir toujours rapporter ce qu’ils ont vu ! Jamais je n’oserai.

 Seulement voilà : ce pays rongé par la crise sociale mais dont les habitants vivent librement et en paix depuis presque trente ans, ce pays qui connaît autant de problèmes et même plus que la France, ce pays est la Pologne. A Cracovie après la visite du château Wavel, après avoir admiré de là-haut le méandre de la Vistule, après avoir flâné autour du Rynek et pris en photo l’alignement des arcades de la Halle aux draps, après avoir dégusté une pleine assiette de pilorgi, on franchit le fleuve pour se trouver place Bohaterow Getta au milieu des chaises vides. Elles sont en bronze et symbolisent l’absence des personnes qui étaient rassemblées ici lors de la liquidation du ghetto en 1943, avant leur transport vers les camps d’extermination.

 C’est ici que le voyage commence, le vrai, celui qui vous transporte. Au-delà de tout, des kilomètres d’autoroute, des plaisirs de la table, de la bière du pays, des temples de la paix de Jawor et Swidnica, des trésors des églises, des promenades le long de l’Oder à Wroclaw jusqu’au Raclawice, cette toile qui raconte sur 120 mètres et 360° l’insurrection de Kosciuszko de 1794, au-delà des Carpates et plus en profondeur que les 125 mètres du sous-niveau Kazanow de la mine de sel de Wieliczka où l’on pouvait déguster la choucroute polonaise après avoir contemplé le bas-relief de la Fuite en Egypte sculpté par les mineurs dans le sel. A Podgorze sur la place Bohaterow Getta nous sommes loin, très loin de l’histoire et de la géologie. Nous sommes loin de tout, cela m’a été confirmé par un professeur qui avait lu beaucoup de livres : il m’a dit que c’était loin tout ça, qu’il fallait passer à autre chose.

 Ici le passé a fermé ses portes. Passé le pont Powstancow Slaskich sur la Vistule les professeurs d’histoire, même agrégés, sont condamnés au silence. Nous sommes à des années lumière de Kosciuszko et de la lutte d’un pays pour son indépendance. Ici il n’y a pas de champ de bataille car n’y eut pas de lutte. Les fresques historiques et les livres sont inutiles car les événements qui eurent lieu sur cette place sont indicibles. On peut donner des dates, oser des chiffres, et même prendre des airs sérieux, compatissants, outrés. Mais toujours on restera en deçà de ce que le cœur humain pourrait exprimer s’il avait la parole. Ce ne sont ni des ennemis ni des hors-la-loi qui ont été emportés, mais des gens qui étaient nés.

 

 

A little garden,
Fragrant and full of roses.
The path is narrow
And a little boy walks along it.

A little boy, a sweet boy,
Like that growing blossom.
When the blossom comes to bloom
The little boy will be no more.


Écrit par Frantisek Bass, né le 04 septembre 1930, mort à Auschwitz le 28 octobre 1944.

(poème exposé au musée du camp de Theresienstadt à Terezin en République tchèque)

 

05/10/2017

L'islam: une religion?

 

  Au nom de qui, au nom de quoi reprocherions-nous à un croyant de croire ? Cela s’est vu dans le passé, et sans remonter aux Romains, il y eut au siècle dernier des crimes commis au nom de l’athéisme militant. Il y eut aussi les malheurs survenus à d’honnêtes gens qui ne croyaient pas comme il faut, ou pas au même dieu, ou pas selon les mêmes rites. 

 Et voilà qu’aujourd’hui, alors qu’en occident les tenants du pouvoir spirituel ont mis un bémol à leurs commandements, d’autres s’avancent, menaçants, armés jusqu’aux dents d’un vocabulaire que n’aurait pas renié les inquisiteurs. Ils menacent les mécréants mais aussi les infidèles, ceux qui ne croient pas comme eux. 

 Des libres penseurs, ou qui se prennent pour tels, nous disent que toutes les religions sont à mettre dans le même sac…poubelle s’entend. Voilà un bel exemple d’intolérance. Imaginons un peu ces gens au pouvoir… Ne répétons pas les errements meurtriers du siècle dernier. Quand on regarde ce qu’est l’islam aujourd’hui, on constate que toutes les religions ne se valent pas. Avez-vous entendu les juifs, les chrétiens, les hindouistes, les bouddhistes appeler à la guerre sainte contre les incroyants ? Les avez-vous vu attaquer des lieux de culte à la voiture piégée aux heures de grande affluence ? Non. Ces actes meurtriers sont certes les effets de l’ignorance et du bourrage de crâne, mais aussi les accomplissements d’un dogme dont la cohérence est la volonté de domination d’une communauté sur toutes les autres y compris par la violence. 

 Pour les croyants sincères, le culte est un rapport, un lien avec la puissance divine. Pour la plupart des religions, le respect du dogme n’implique nullement l’indifférence, le mépris, encore moins la haine de l’autre, encore moins sa disparition. Bien au contraire, au moins dans l’esprit. Si ce ne fut pas toujours le cas, ça l’est aujourd’hui. Je regarde les intégristes chrétiens battre le pavé, leurs propos sont durs, intolérants, déconnectés des préoccupations des gens, tout au plus, ils suscitent la moquerie. Mais quand le soir ils rentrent chez eux et s’occupent de leurs enfants qu’ils ont souvent nombreux, le calme revient dans le pays et leurs concitoyens dorment sur leurs deux oreilles. 

 L’islam ne tient pas en place, il empiète sur la vie des gens. Il en veut toujours plus. Il est totalitaire. Il investit les partis, les associations, les clubs sportifs. Il pénètre l’état, l’administration, les services publics, les programmes scolaires. Se faisant l’avocat du droit à la différence, il séduit les enseignants, s’impose dans les écoles. Il s’infiltre partout, dans les télés, les publicités. Le pouvoir politique lui est acquis, au nom de cet autre culte, qui consiste à glorifier la bêtise pourvu qu’elle vienne d’ailleurs. Culte sans lequel les musulmans seraient des femmes et des hommes comme les autres, sans s’afficher comme tels, en acceptant de vivre selon les lois du pays qui les accueille. 

 Au nom du respect à tout prix de la diversité culturelle on a rangé les déclarations des droits humains au fond des tiroirs. C’en est fini de l’Universel. Oubliées les Lumières. Place à la tradition, aux mœurs d’un autre âge. Après tout, si un fils, un frère ou un père oblige une femme à se voiler la face, au pire on dira l’air désolé que ce n’est pas bien, au mieux qu’elle a de très beaux yeux, ou que la haute couture n’a pas encore révélé tous ses secrets. Au nom du même non-respect de nos principes, pourquoi ne pas admettre le châtiment par le fouet, la polygamie, l’excision, la lapidation? 

 Je relis alors ce beau texte de Spinoza. 

 

... puisque les hommes ont des complexions différentes et que l’un se satisfait mieux de telles opinions, l’autre de telles autres, que ce qui est objet de religieux respect pour celui-ci excite le rire de celui-là, je conclus encore qu’il faut laisser à chacun la liberté de son jugement et le pouvoir d’interpréter selon sa complexion les fondements de la foi, et juger de la foi de chacun selon ses œuvres seulement, se demandant si elles sont conformes ou non à la piété, car de la sorte tous pourront obéir à Dieu d’un entier et libre consentement et seuls la justice et la charité auront pour tous du prix. » 

Spinoza.- Traité théologico-politique

 

11:49 Publié dans Totalitarisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : islam

30/08/2017

Celui qui ne dit jamais oui

 


 Vous avez beau l’interroger sous tous les angles, vous aurez droit à une liste de réponses possibles, assez diverses d’ailleurs parfois même originales. Je passe sur les : « Bah non », « Je ne sais pas », « Certainement pas », pour en arriver au carrément « Non ». Le personnage peut entrer aussi dans de grandes explications. Il faut que vous sachiez une chose : c’est un véritable tour de force de ne jamais acquiescer, approuver ni même consentir. C’est pourquoi même à des questions toutes bêtes qui appellent l’évidence, on trouve le moyen de vous opposer un « ça dépend… ». Je suis à quelques centimètres du personnage, pour tenter d’exister, toutes les questions possibles défilent dans mon esprit, et je me prends à rêver de l’entendre me répondre :

« Mais oui, oui oui oui mon ami, vous avez parfaitement raison, mieux encore je n’y avais pas pensé ! Quelle chance ai-je eu d’être venu vous voir, ah ça, oui vraiment ! »

 Mais ce n’est qu’un rêve car en réalité mon interlocuteur manipule à loisir les tournures de la langue pour me mettre sur la brèche, me faire sentir que mes propos ne sont pas réfléchis, que je parle de ce que je ne connais pas. Les psychologues diront peut-être que cela traduit chez lui un manque d’assurance, un besoin de s’affirmer, d’être tout simplement.

 Curieusement s’il ne dit jamais oui, je remarque que le personnage est doté d’une autre faculté, celle de ne jamais s’interroger. Il ignore le point d’interrogation. Chez lui qui pourtant ne vous dit jamais oui, tout est affirmation, assurance, certitude. Je lui accorderai qu’en privé sûrement il lui arrive de s’interroger, après tout c’est le propre de l’homme de se poser des questions. Mais en société, rigide comme un bloc, il ne laisse aucune prise à ses contemporains, pas d’aspérité, pas la moindre petite faiblesse qui pourrait le changer et faire de lui un être fragile, mortel.

 Il m’arrive de l’envier moi qui ne dort pas la nuit, toujours inquiet de ce qui se passera demain. Mais peut-être me trompé-je et qu’en réalité il est un grand nerveux qui souffre d’un handicap grave et si c’est de cela qu’il s’agit, alors c’est la société qui est malade. Car ils sont nombreux ces gens sûrs d’eux-mêmes, devant lesquels je suis comme une potiche, incapable de proférer un mot qui sonne, un mot qui pèse, un mot qui provoque un bon vieux « Ouais ! », un mot qui appelle un sourire ou mieux… mais là j’espère : un silence complice.

 Je me trouvais donc à la sortie du magasin, de bonne humeur j’adressais à la caissière quelques mots aimables « On a eu bien de la chance ce week-end, car demain ils annoncent de la pluie… » pour m’entendre répondre « Non demain il fera beau, c’est après-demain que ça se couvre ! »


§


Résumé :

1/ C’est difficile d’approuver.
2/ Comme j’aimerais qu’on m’approuve ! 
3/ Qui n’approuve pas ne s’interroge pas nécessairement.
4/ Je suis comme une potiche.
5/ Ultime tentative dans un dialogue avec la caissière, sans succès.

17:11 Publié dans gens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : oui