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30/08/2017

Celui qui ne dit jamais oui

 


 Vous avez beau l’interroger sous tous les angles, vous aurez droit à une liste de réponses possibles, assez diverses d’ailleurs parfois même originales. Je passe sur les : « Bah non », « Je ne sais pas », « Certainement pas », pour en arriver au carrément « Non ». Le personnage peut entrer aussi dans de grandes explications. Il faut que vous sachiez une chose : c’est un véritable tour de force de ne jamais acquiescer, approuver ni même consentir. C’est pourquoi même à des questions toutes bêtes qui appellent l’évidence, on trouve le moyen de vous opposer un « ça dépend… ». Je suis à quelques centimètres du personnage, pour tenter d’exister, toutes les questions possibles défilent dans mon esprit, et je me prends à rêver de l’entendre me répondre :

« Mais oui, oui oui oui mon ami, vous avez parfaitement raison, mieux encore je n’y avais pas pensé ! Quelle chance ai-je eu d’être venu vous voir, ah ça, oui vraiment ! »

 Mais ce n’est qu’un rêve car en réalité mon interlocuteur manipule à loisir les tournures de la langue pour me mettre sur la brèche, me faire sentir que mes propos ne sont pas réfléchis, que je parle de ce que je ne connais pas. Les psychologues diront peut-être que cela traduit chez lui un manque d’assurance, un besoin de s’affirmer, d’être tout simplement.

 Curieusement s’il ne dit jamais oui, je remarque que le personnage est doté d’une autre faculté, celle de ne jamais s’interroger. Il ignore le point d’interrogation. Chez lui qui pourtant ne vous dit jamais oui, tout est affirmation, assurance, certitude. Je lui accorderai qu’en privé sûrement il lui arrive de s’interroger, après tout c’est le propre de l’homme de se poser des questions. Mais en société, rigide comme un bloc, il ne laisse aucune prise à ses contemporains, pas d’aspérité, pas la moindre petite faiblesse qui pourrait le changer et faire de lui un être fragile, mortel.

 Il m’arrive de l’envier moi qui ne dort pas la nuit, toujours inquiet de ce qui se passera demain. Mais peut-être me trompé-je et qu’en réalité il est un grand nerveux qui souffre d’un handicap grave et si c’est de cela qu’il s’agit, alors c’est la société qui est malade. Car ils sont nombreux ces gens sûrs d’eux-mêmes, devant lesquels je suis comme une potiche, incapable de proférer un mot qui sonne, un mot qui pèse, un mot qui provoque un bon vieux « Ouais ! », un mot qui appelle un sourire ou mieux… mais là j’espère : un silence complice.

 Je me trouvais donc à la sortie du magasin, de bonne humeur j’adressais à la caissière quelques mots aimables « On a eu bien de la chance ce week-end, car demain ils annoncent de la pluie… » pour m’entendre répondre « Non demain il fera beau, c’est après-demain que ça se couvre ! »


§


Résumé :

1/ C’est difficile d’approuver.
2/ Comme j’aimerais qu’on m’approuve ! 
3/ Qui n’approuve pas ne s’interroge pas nécessairement.
4/ Je suis comme une potiche.
5/ Ultime tentative dans un dialogue avec la caissière, sans succès.

17:11 Publié dans gens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : oui

10/08/2017

Le modèle




 Il fait tout comme il faut. A côté on se sent tout petit, mal à l’aise. Immature. On ne dit plus un mot. Peu de chance que la conversation vous intéresse. Si vous tentez le coup, vous n’aurez jamais droit à l’assentiment, mais à un sourire, et si vous avancez une idée ou deux, il vous remettra les pieds sur terre, vous renverra à la dure réalité, à l’agenda, au calendrier, à la carte de France, au petit Larousse illustré, aux heures de fermeture des magasins, à celles où il n’est pas bon de circuler sur les routes, aux médicaments qu’il faut prendre ou ne pas prendre, aux dates limites et précises à respecter pour les démarches administratives, et comme sur chaque homme qu’on le veuille ou non souffle de temps à autre un vent de liberté, il vous dira avec la superbe d’un résistant de la première heure où sont les radars sur la route que vous allez prendre. Oh le vilain !

 Pour s’informer mais en a-t-il vraiment besoin, trois minutes télévisées lui suffisent pour les événements importants du canton et surtout la météo. Pour le reste, ce qui se passe dans le monde, un survol suffit pour s’assurer que la guerre et le terrorisme sont loin.

 Le problème c’est qu’il est dans la norme et qu’ils sont des millions. Je parle pour la France, mais le problème est planétaire.

 Quand il part, ce n’est pas vers d’autres horizons, quel horrible concept que celui d’horizon, lieu de hasard et d’incertitude, où les risques sont légion, où assurances et mutuelles ne mettent jamais les pieds, où l’on ne sait pas de quoi demain sera fait, non. Il ne part pas. Il se rend d’un lieu à un autre. Le départ c’est l’inconnu.

 Si un jour enfin vous parvenez à placer un mot, une question sur un sujet qui vous préoccupe, du genre que posent les enfants entre banane et nutella sur ce qu’il y a après la mort, pourquoi des familles traversent la mer sur des embarcations de fortune, s’il y a de la vie ailleurs dans l’univers, s’il y a un dieu ou plusieurs ou pas du tout, notre homme, si c’en est un mais ça peut aussi être une femme, notre homme plonge le nez dans son assiette ou admoneste ses enfants qui mettent les coudes sur la table. Silence intersidéral, trou noir, absence. Le vide.

 Mais sur tous ces sujets en savez-vous vraiment plus que lui ? Non bien sûr. Et peut-être encore moins car s’il vous arrive de douter, son savoir à lui est définitif. Vous réalisez alors que tout ce que vous avez appris à l’école et dans la vie n’aura servi qu’à ruminer, passer des nuits blanches à vous dire qu’il vaut mieux savoir que Carrefour Market est ouvert le dimanche, que partir à l’aventure sans savoir où sont dissimulés les radars.


§

 

 

 

 

14:01 Publié dans gens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : omniscience, savoir, certitude

26/07/2017

Autour d’un mot de deux lettres

 


C’est un petit jeu auquel chacun s’amuse, qui consiste à se demander ce qui se serait passé si…

Pas toujours avec plaisir, il m’est arrivé plusieurs fois, dans les moments qui suivent un accident, un événement douloureux de me dire que les choses se seraient mieux passées si le feu tricolore était resté plus longtemps au rouge, si cette amie n’avait jamais fumé, si, si…

Certes, la puissance de ce mot est plus impressionnante encore quand il s’agit d’événements qui ont bouleversé l’histoire du monde. Lors de nuits d’insomnie les images et les suppositions défilent, toutes plus saugrenues les unes que les autres, mais au-delà des drames subis, que la meilleure volonté des hommes et parfois le manque de courage n’ont pu éviter dans notre longue histoire, pourquoi le cacher, le jeu du si est inévitable et même captivant. Ainsi je me demande ce qui se passerait s’il n’y avait qu’un continent ou si les dinosaures avaient survécu.

 

Si Homère avait vu clair,
si Pâris n’avait pas enlevé Hélène
et si Ulysse n’était jamais revenu ?

Si Phidias avait été privé de la vue,
si Socrate n’avait rien dit,
si Alexandre n’avait pas quitté la Macédoine,
si les oies du Capitole avaient bien dormi
et si César avait déposé les armes aux pieds de Vercingétorix ?

Si les coqs ne chantaient pas,
si Judas n’avait pas embrassé Jésus,
si les évangélistes avaient travaillé sur des cassettes enregistrées,
si Constantin ne s’était pas converti,
si les Amérindiens avaient disposé de missiles Tomahawk
et si Luther, ignorant les princes, s’était rallié aux peuples ?

Si Lénine était resté en Suisse faire du ski et de l’escalade,
si la démocratie avait triomphé des tsars en Russie,
si Liebknecht et Jaurès avaient été entendus,
si on n’avait jamais ajusté un fusil à la queue d’une fleur,
si les chants n’étaient jamais guerriers,
si la poudre n’avait pas été inventée,
si madame Hitler avait fait une fausse couche,
si Katyn et Oswiecim étaient restés des petits villages sans histoire
et si le premier geste de l’homme était d’aller vers son prochain ?

Si les hommes n’avaient pas le feu
ou s’ils le découvraient cinq cent mille ans plus tard ?

Si la roue n’avait pas été inventée,
si le tigre aux dents de sabre rôdait,
si on montait dans les arbres,
si on marchait à quatre pattes,
si on était tout nu
et si on communiquait par gestes et par cris ?

Si on savait ce qui allait arriver,
si on avait réponse à tout,
si on ne pensait plus,
si on ne se souvenait de rien
et si papa n’avait pas connu maman ?

 

§

13:30 Publié dans étrange | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : si, conditionnel, fiction