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19/09/2019

Raisonnable

 Plaisir et réjouissances font partie de son emploi du temps. Mais dans une vie réglée, il y a un temps pour les choses sérieuses, elles le sont souvent chez lui, et un temps pour le loisir. S’il s’amuse au spectacle, c’est que le spectacle est fait pour ça. Quand le rideau se ferme, la vie reprend son cours comme s’il ne s’était rien passé.

 Après avoir fait le tour de tous les possibles, avoir envisagé les circonstances les plus hypothétiques, il entre en action. Avec circonspection il contrôle ses paroles et ses actes. Chez lui, l’imprévu n’est pas possible. Comme tout ce qui lui arrive est attendu, tout se passe toujours bien, dans la sérénité.

 Jamais seul, il est parfaitement intégré dans la société. Il considère discrètement ce qui se passe autour de lui, le comportement et les habitudes des personnes de son entourage, de ses collègues de travail. N’allez pas croire qu’il est conservateur. Il suit assidûment l’actualité dans les domaines de la mode et de la technologie, il voit « ce qui se fait ». Aucune nouveauté ne lui échappe. Il est à la coule.

 Pour éviter le trouble que la société pourrait introduire dans ses affaires, il s’efforce de ne jamais s’opposer aux opinions et aux usages en cours dans son milieu. Il se règle sur eux et les reproduit à son tour. Des événements d’une extrême gravité secoueraient le pays, au plus fort de son irritation il serait encore silencieux. Il est le pilier de l’ordre social. Monarchiste constitutionnel au XVIII° siècle, républicain modéré depuis, imperturbable quand d’autres s’agitent ou s’engagent, il s’accommode de tout car c’est la condition d’une vie paisible et bien ordonnée.

 La plus grande réussite de sa vie, c’est son passage à l’âge adulte. Il a tiré définitivement un trait sur les enfantillages ou les comportements qu’il considère comme tels : le jeu, la plaisanterie, mais aussi le batifolage. Il vit plongé dans le réel, même la nuit. 

 Il ne rêve pas.

 Si un jour par un mot ou une question un ingénu le met face à lui-même et lui reproche de ne jamais faire entendre une note discordante, il répondra qu’il a au moins cette qualité de mettre ses paroles en accord avec ses actes.

 

§

 

 

 

27/05/2018

Sourds et muets

 



 A l’heure où les médias nous abreuvent de détails sur les événements de 1968, l’envie me vient de brocarder les gens qui, ne s’engageant jamais, se contentent d’observer le spectacle du monde. Ils étaient lettrés mais n’entendaient pas les messages des intellectuels de Budapest, de Prague et de Varsovie. Ils sont catholiques mais ne répondent pas aux appels des chrétiens d’Orient persécutés. Ils sont républicains, démocrates, éclairés, instruits et ne voient pas qu’une idéologie barbare est en train de conquérir leur pays.

 Et ce, même quand l’insupportable vient effleurer leur existence. On pourrait approuver Romain Rolland qui haïssait l’idéalisme couard qui détourne les yeux des misères de la vie (1).

 Ce n’est pourtant pas facile d’ignorer le malheur quand il inonde le petit écran, quand vous le croisez dans la rue, quand il frappe à votre porte. Difficile de fermer les yeux devant la détresse. Impossible de ne pas entendre les plaintes et les pleurs.

 Malgré tout, des millions de gens y parviennent. Pour cela tous les moyens sont bons. D’abord l’éloignement physique, dans les beaux quartiers, près des écoles où les enfants seront à l’abri de la mixité sociale –qu’on loue cependant dans les réunions de famille. Le sport est aussi une élégante façon de contourner les problèmes, avec les parcours santé, les spas et autres soins ravissants pour le corps et pour l’esprit. Il y a aussi la culture, la grande, celle qui s’étale sur Arte et Télérama avec toute la délicatesse dont la bourgeoisie éclairée est capable dans son désir ardent d’éduquer le peuple.

 Bien que disposant de tous les moyens d’information imaginables, téléphone (2) collé à l’oreille et relié aux satellites, tous ces esprits très occupés ne savent pas tout car ils ne veulent pas tout savoir. Ils font les étonnés. Ah bon ? Tu es sûr ? Je n’ai pas eu l’info. Les pires sont ces faux-culs qui jouent la méfiance vis-à-vis d’une presse qu’ils jugent avide de scoops. Et quand après mille détours ils ont devant les yeux la pétition, ils la trouvent très pertinente et la signeront peut-être demain, après réflexion.

 Ils ont l’art de sélectionner l’information, parfois même sans s’en rendre compte pour ne pas heurter leur bonne conscience. Et comme le mutisme est souvent en rapport avec la surdité, sourds, ils sont muets. Pourtant, ça papote dans les chaumières. Autour d’une table le dimanche, à Pâques ou à Noël, une quantité incroyable de révolutionnaires s’expriment avec conviction, vigueur et parfois même colère. Voilà le pire à entendre : le bavardage de personnes qui se taisent.

 On peut s’interroger sur les humains que nous sommes. Comment une telle indolence est-elle possible ? Comment l’expliquer sinon par la petitesse de l’âme, la pusillanimité ?


§

 

(1) Couardise : état de celui qui a la queue basse (du latin cauda, queue), qui est lâchement peureux ;
(2) le téléphone portable n’a pas réponse à tout…

 

 

22/02/2018

Foulard bout de tissu

 


Femme voilée,
mon arrière-grand-mère l’était.
Barbe fournie,
il fut un temps où des révolutionnaires l’arboraient !
Femme claustrée,
la France en a connues, elle en claustrera encore.

Livre de prières
il y en a des piles dans les églises, plus encore qu’il y a de croyants.
Tendance à s’imposer,
cela m’est arrivé quand je n’étais pas convaincant.
Crainte du savoir, de l’histoire, de la science.
Peur de comprendre.

Refus du questionnement,
talon d’Achille de mon voisin d’en face.
Envies de violence,
qui oserait dire qu’un jour elles ne l’ont pas chatouillé ?
Camion fou,
alcoolisme, drogue ou simple fatigue. Perte de contrôle.

Conduite irraisonnée,
ainsi va le monde.

 

 En relisant cela je me dis qu’il n’est pas étonnant que l’islam soit compatible avec mon pays. Certes, du voile sur la femme au camion fou qui tue, cela fait beaucoup pour une seule foi. Mais à constater le peu de réactions des gens autour de moi face à la progression d’un mal qui bafoue les lois, nie les valeurs, et ronge le pays tout entier, force est de constater que le danger réside en nous-mêmes, et non en une religion qui n’a de vérité que le nombre de ses adeptes. Et pourquoi sommes-nous ainsi faits, apathiques, indolents, amorphes ?

 C’est que les français, ça n’existe pas. Il y a mon voisin d’en face qui ne se pose pas de question, mon cousin, un autre que je ne connais pas, et des millions qui chaque jour se font un signe en prenant leur courrier. Mais tant que la personne et ses biens ne sont pas menacés, elle se tait. Elle se fait oublier. En réalité, elle a la pétoche. Au tréfonds de nous-mêmes on a détecté le danger, mais comme un français sur cent meurt par accident ou du cancer, on se dit que ce n’est pas encore notre tour. Et on vit bien comme ça.

 Le hic, c’est qu’on a des enfants. Conduite irraisonnée.


§