02/08/2026
Si Dieu n'était qu'une idée ?
Slovaquie, 2022. Alors qu'elle était au lycée dans les années 80, Jana avait été choquée par les propos du professeur de philosophie pour qui "Dieu n'était qu'une idée des hommes".
" Mais enfin, se dit-elle, pourquoi tant de gens sont-ils croyants? Elle se rappelle ce qu’on lui avait enseigné à l’école et au lycée, que la religion était un opium pour les peuples, qu’elle était un rempart dressé par les capitalistes pour contenir la révolution sociale. Il lui avait fallu attendre les années 90 pour apprendre ce qui s’était passé dans la nuit du 13 au 14 avril 1950. Des milices commandées par la police du régime investirent les monastères et arrêtèrent les religieux. Certains furent torturés lors des interrogatoires, et emprisonnés. Ceux qui ne renonçaient pas à leurs vœux étaient exécutés. Pour beaucoup d’entre eux, le choix était la mort ou ce que le régime appelait la « rééducation » dans des lieux affectés spécialement. Pour justifier la répression, la stratégie du pouvoir était la même que celle appliquée lors des procès à Moscou : on accusait les dissidents d’être des traîtres ou des espions au service de l’Amérique.
Alors ? Si tant de gens ont la foi aujourd’hui, après plus de quarante ans de ce qu’il faut bien appeler la Terreur, c’est peut-être que celle-ci justement, si elle met au pas la population, ne parvient jamais à imposer son dogme dans la conscience profonde de l’humanité. Bien au contraire, mettant fin au totalitarisme, la révolution de 1989, par la prise de conscience des horreurs qu’il a engendrées, a redonné confiance et foi à ses concitoyens. Cramponnés à leurs certitudes et avides d’un pouvoir total, des idéologues avaient voulu en finir avec la religion. Comme un feu qu’on ne peut éteindre, elle renaît de toutes parts, plus vivante que jamais. Jana le constate à chaque étape de son voyage. Mais au-delà de l’histoire et des explications politiques, si tant de gens ont la foi, on peut se demander s’il n’y a pas quelque chose, quelque Chose. Sa majesté Raison nous dit que non. La vie risque alors d’être bien triste sous un ciel dégagé, débarrassé de tout, cavité béante, dernier refuge du désespoir."
(extrait du Voyage de Jana, éditions Vérone, Paris 2025)
11:59 Publié dans libre pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dieu, croyance, foi, slovaquie, le voyage de jana
23/09/2025
Quelques notes sur la Slovaquie à propos du "Voyage de Jana"
La Slovaquie est un peu plus petite que la région Grand-Est en France (environ 50000km2), pour le même nombre d’habitants (5,5 millions). Membre de l’Union européenne, cette république occupe une place centrale dans l’Europe continentale. Après sa séparation d’avec la République tchèque, elle est indépendante depuis 1993. Paradis des randonneurs et des photographes, ses paysages sont variés et d’une grande beauté. Il ne lui manque qu’une chose : la mer.
Pourquoi avoir choisi la Slovaquie comme destination pour ce roman : « Le voyage de Jana » ? Après tout, pourquoi ne pas avoir imaginé « Le voyage de Jeanine » en France ou « Le voyage de Janneke » aux Pays-Bas ou « Le voyage d’Igina » en Italie ? La Slovaquie, la France, les Pays-Bas et l’Italie ont certes un triste point commun. Comme d’autres pays d’Europe leurs peuples ont souffert de la guerre, du nazisme, du fascisme, de l’occupation, des collaborations, des déportations. Nombre de leurs citoyens juifs sont morts dans les camps d’extermination. Mais il y a un fait qu’on a tendance à oublier : en 1945 la France et la majorité des pays d’Europe occidentale ont été libérés par les forces armées d’états démocratiques et libéraux qui n’avaient pas l’intention d’imposer leurs lois et leur régime politique aux pays débarrassés du nazisme. A l’opposé, la progression victorieuse de l’Armée rouge dans la partie orientale du continent a favorisé l’instauration de régimes communistes inféodés à Moscou dans des pays qui ne l’avaient pas demandé, comme la Tchécoslovaquie qui, avant la guerre, était démocratique. En réalité, Tchèques et Slovaques n’auront connu après-guerre que deux ans et demi de liberté. Le « Coup de Prague » en février 1948 scella le sort du pays qui, pendant 41 ans dut subir un régime totalitaire privant le peuple de tous ses droits.
Comme c’est difficile pour des français, des néerlandais ou d’autres européens de l’ouest d’imaginer quelle fut la détresse de ces gens à l’est de l’Europe qui, délivrés du nazisme, ont dû attendre presque un demi-siècle pour retrouver la liberté ! Ainsi les touristes français qui, au début du voyage de Jana, s’étonnent d’entendre de la bouche de la conférencière du château Oravsky Hrad que l’Armée rouge a libéré l’Europe jusqu’à l’océan… Ce jour-là, Jana ouvre les yeux. Quarante ans de bourrage de crâne, ça pèse !
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19:16 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chécoslovaquie, slovaquie, libération, communisme

