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07/10/2026

Il y a trois ans…

…2 mois avant le 7 octobre, on pouvait lire sur ce blog :

 

Antisémitisme toujours vivant 

 Tous les prétextes sont bons pour faire du juif le responsable de tous les malheurs du monde. Accusé de tout et de son contraire : propagateur de la peste noire (1), usurier, détenteur du capital, apôtre du communisme, responsable du chômage, dissimulateur, errant, il est nulle part et partout, cosmopolite, comploteur (2), il porte un nom bizarre en tous cas pas de chez nous. C’est en Allemagne dans les années trente qu’il fut le plus représenté. Je veux dire: en images, avec un nez crochu, des griffes au bout des doigts qui enserraient le monde. C’étaient des caricatures bien sûr, qui curieusement, à l’époque n’ont pas indigné grand monde. Le personnage a rendu bien des services à plein de gens : aux dirigeants et actionnaires des groupes industriels, surtout ceux qui produisaient le matériel de guerre, producteurs aussi de fil de fer barbelé et de produits chimiques, aux politiciens d’alors qui s’appelaient « nationaux-socialistes » et qui avaient à cœur de rendre leur patrie aux âmes bien nées, aux gens du terroir, aux gens du cru (3). Bref, si le juif n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé : des millions de gens, d’enfants surtout, ont appris qu’ils étaient juifs. Des gens qui n’avaient jamais posé le pied dans une synagogue apprenaient qu’ils étaient juifs. Des gens qui ne savaient pas ce que c’était apprenaient qu’ils l’étaient. Les autorités d’alors se montrèrent sur ce sujet extrêmement méticuleuses, jusqu’à effectuer des recherches généalogiques compliquées. Quand je dis « les autorités », j’entends des deux côtés du Rhin. Voyez, on critique toujours la nonchalance des Français en montrant l’exemple allemand, sa rigueur, son goût pour l’ordre et les choses bien faites. Le « Made in France » existait dans les années trente et quarante. Il se manifeste encore, bien vivant, ici en France aux deux extrémités de l’éventail politique.

Le ministre de l’intérieur a demandé à ses services “d’instruire la dissolution” d’une association dont le représentant a tenu des propos violemment antisémites. Mon souhait est que cette “instruction” aboutisse. Mais surtout que cette sage décision du ministre soit approuvée par soixante millions de français.

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(1) De 1347 à 1350 la peste noire faucha plus d’un tiers de la population de l’Europe. Les esprits s’interrogeaient, pourquoi ce fléau ?

« Il s’agissait soit d’un châtiment divin, soit des maléfices de Satan, soit de l’un et des autres à la fois, Dieu ayant donné licence entière à son antagoniste pour châtier la Chrétienté. Satan, dans ces conditions, opérait suivant son habitude à l’aide d’agents qui polluaient les eaux et empoisonnaient les airs, et où pouvait-il les recruter sinon au sein de la lie de l’humanité, parmi les miséreux de toute espèce, les lépreux –et surtout parmi les juifs, peuple de Dieu et peuple du Diable à la fois ? Les voici promus, à grande échelle, à leur rôle de boucs émissaires… » (Poliakov)

S’ensuivirent expulsions, pillages, massacres, à tel point écrit l’auteur, que dans certaines villes où les juifs étaient rares ou absents, « des chrétiens qu’on supposait d’origine juive furent, semble-t-il, massacrés à leur place. » 

(Léon Poliakov .-Histoire de l’antisémitisme, tome 1, L’âge de la foi, éd. Calmann-Lévy, 1981, pp. 290-294 de la coll. Pluriel) 

(2) le thème du « complot juif mondial » n’en est pas resté aux traditionnels Protocoles des Sages de Sion :

« La désastreuse puissance du sionisme juif ne vise pas seulement l’occupation de la Palestine, mais occupe en fait tous les pays de l’Occident, l’économie mondiale, les médias et les organisations internationales et régionales. Il est possible que les sionistes entreprennent de judaïser le christianisme. Cette judaïsation a commencé avec Saint-Paul et s’est poursuivie avec certains papes judaïsés. Aujourd’hui nous sommes arrivés à une situation où le chef de l’Eglise de France est un juif appelé Lustiger. » 

(Ahmed Rami, in Al-Shaab du 6 février 1998, cité par Goetz Nordbruch .-La négation de la Shoah dans les pays arabes, in Antisémitisme et négationnisme dans le monde arabo-musulman : la dérive) 

(3) Brassens : La balade des gens qui sont nés quelque part ;

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06/10/2026

Des tribuns minuscules qui jouent aux révolutionnaires

 

 

  En 1968 personne n’a risqué sa vie, en France. Révolte enthousiaste, passionnante, intelligente, imaginative, créatrice. Mais au risque d’attirer des critiques, je dirai révolte de riches. Quant à six heures du matin nous allions diffuser des tracts appelant à la grève à la porte des usines, certains d’entre nous n’avaient-ils pas au fond d’eux-mêmes mauvaise conscience de lancer des appels à des gens qui « embauchaient » pour nourrir une famille ? Le fossé entre le monde étudiant et celui de la classe ouvrière ne s’est pas comblé même si pendant un mois et demi un ennemi commun fut désigné. Ce qui ne retire rien à la spontanéité des étudiants et à la volonté d’une partie de la jeunesse de changer la vie. Nous assistâmes à un déferlement d’intelligence tel, que je me demande comment, cinquante ans après avoir adressé à la face du monde et à De Gaulle le slogan provocateur et malicieux que nous étions tous des juifs allemands, comment on a pu tomber si bas, laissant se développer le racisme, l’antisémitisme, le port du voile pour les femmes, la négation ou le doute sur la Shoah, le refus de l’enseignement de la théorie de l’évolution, les prières de rues… Tout ça pour ça !

 Ces gens qui ont aujourd’hui soixante-dix ans et plus couraient, fuyant l’ancien monde, celui de l’exploitation de l’homme par l’homme, de la femme par l’homme, ils avaient su (et comment !) remettre le dogme religieux à sa place, celle de l’ignorance et de la bêtise. Ils avaient brisé les préjugés, le chauvinisme et son frère le nationalisme, ils avaient montré que l’origine de la violence et des guerres n’était à rechercher ni chez « l’ennemi » ni dans la psychologie humaine mais chez les marchands de canon. Ils ont commis aussi des erreurs que je dénonce régulièrement ici. Qui n’en commet pas, emporté par l’élan révolutionnaire ?

  A côté et parfois très loin du fatras idéologique, il y avait les travailleurs. Qui n’étaient pas tout à fait ceux dont on parlait dans les livres, qui nous écoutaient gentiment dans les réunions de famille ou plus rarement dans les meetings, et dont l’esprit était ailleurs. Ils pensaient que le capitalisme avait ses avantages. A l’opposé, nous avons aujourd’hui des tribuns d’occasion qui jouent aux révolutionnaires et partagent une vision du monde assez proche de celle des staliniens des années cinquante, sombrant dans l’antiaméricanisme primaire, l’antisionisme, et font des ronds de jambes à tous ceux qui, islam en tête, dirigent leur critique et leurs armes contre les démocraties occidentales.

 Si je rends hommage à ceux qui en 68 ont osé, si je relève régulièrement les conséquences désastreuses de certaines idées développées alors : critique de toute autorité, libération totale des mœurs, interdiction de tout interdit, je n’approuve pas pour autant celles et ceux qui faisaient le dos rond, passant tranquillement leurs examens, pensant avant tout à leur carrière, et surtout qui se permettraient de dire, cinquante ans après, qu’ils avaient eu raison de se taire.  

 Pour que le pire survienne, il suffit que les gens de bien se taisent. La mauvaise conscience ne torture que les personnes qui ouvrent les yeux. Si vous voulez dormir tranquille, fermez-les et plus tard quand le pire surviendra, vous direz que vous n’avez rien vu. 

 

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04/10/2026

Instruire, éduquer, n’est-ce pas déjà trop tard ?

 

 

 

 Les gens honnêtes, travailleurs le plus souvent, jeunes ou plus vieux ont raison de s’en prendre aux professionnels du désordre. Mais au-delà des commerçants, des policiers, des professeurs, des employés municipaux, des millions de citoyens qui vont payer les dégâts, les premières victimes des violences provoquées par ces tribuns irresponsables sont les lycéens.

 Pas seulement ceux qui veulent apprendre, travailler et passer leurs examens, mais aussi tous les autres que la république accueille gratuitement dans ces écoles où les professeurs tentent -souvent avec courage- de transmettre le savoir nécessaire.

 Oui, il en faut du courage pour transmettre un savoir qui depuis un demi-siècle a été mis de côté sinon méprisé par des chercheurs en pédagogie qui, loin des salles de classe, prétendaient savoir ce qu’il fallait transmettre, et comment. Le résultat nous l’avons, en écoutant ce que disent nos enfants et en déchiffrant ce qu’ils écrivent. Ils sont les premières victimes. Les professeurs le sont aussi, car le désastre est si grand qu’ils peuvent penser que c’est trop tard, que leurs efforts sont inutiles.

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