Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/12/2018

Les sondages ne disent pas tout

 

 

 Si 80% des français soutiennent les personnes qui portent des gilets jaunes, n’ayons pas peur des mots : on est à la veille de la Révolution. C’est ce que penserait quelqu’un qui ne nous connaît pas, une personne étrangère ignorant tout de la France et de ses habitants. Mais à nous on ne la fait pas. Les révolutionnaires d’ici sont surtout actifs le dimanche dans les réunions de famille, le soir devant la télévision ou lors des enquêtes d’opinion. Il y en a même de tendance jusqu’auboutiste, certains font peur. On se verrait bientôt la tête au bout d’une pique. Pour le bonheur de tous, ce ne sont que des orages, des tempêtes dans des verres pas toujours remplis d’eau.

 Ma première réaction à l’écoute de ces sondages a donc été l’étonnement, puis je me dis que le vent avait tourné, que les français allaient enfin mettre leurs actes en accord avec leurs paroles. Eh bien cette fois, c’est le cas. Sincère il faut l’être, et courageux, pour passer une nuit entière près d’un rond point balayé par le vent du nord afin de tenir un barrage et faire entendre que depuis des décennies des gens qui travaillent dur ont été oubliés. Ces femmes et ces hommes-là je les ai vus et je leur tire mon chapeau, en souhaitant que leur combat aboutisse. Mais il y en a d’autres, par millions, qui s’arrangent pour passer le rond point en affichant un gilet jaune. Pourquoi leur en vouloir ? Il faut bien qu’ils se rendent au travail, qu’ils aillent faire leurs courses, qu’ils conduisent leurs enfants à l’école.

Il faudrait interpréter les sondages plus raisonnablement : en réalité 80% des français sont opposés à l’augmentation des prix du carburant. Je me demande même si on ne frôle pas les 100%.

§

22/11/2018

Les vieux

 


 Tout a commencé sur la corniche de St Valéry en Caux. Au ralenti nous nous engagions dans le premier lacet pour mieux admirer le paysage et la vue sur le port quand le véhicule qui nous suivait de près nous rappela en klaxonnant que nous n’étions pas seuls. Ce coup de trompette m’énerva, je répondis en usant de l’avertisseur à mon tour. Alors l’automobile nous dépassa brusquement en faisant hurler son moteur, et nous barra la route. Le conducteur descendit. Il me fit signe d’ouvrir ma vitre, ce que je fis, prêt à lui dire que personne ici du haut de cette falaise n’avait d’autre urgence que de profiter du paysage. Je n’en eus pas le temps. Il me dit sur un ton qui ne souffrait nulle réplique :

« Les vieux, on les pique. »

 Dix ans ont passé, et la leçon est restée vivante, j’ai remâché mille fois ces mots terribles que n’aurait pas reniés le pire des idéologues du III° Reich.

 Si j’en parle maintenant c’est que, sans aller jusqu’à piquer les vieux, la société ne les épargne pas. Etre vieux n’est pas à la mode. Il faut dire qu’on y est un peu pour quelque chose. Nuls en informatique, sourds au téléphone, mous au volant, lents sur les passages piétons, chicanes mobiles dans les allées des supermarchés, vieux sages bavards et lassants qui prétendent donner des leçons au monde entier, les personnes âgées que nous sommes prennent décidément beaucoup de place, et ce ne serait pas un grand malheur s’ils débarrassaient au plus tôt le plancher. Seulement il y a un hic. Ils ne partent pas d’un coup. Ils n’en finissent pas de finir, s’accrochent à leur chez-eux comme s’il faisait partie d’eux-mêmes. Et quand de guerre lasse ils cèdent aux sirènes de leur progéniture, tu sais papa, tu sais maman, vous serez bien là-bas…il y a ce passage dans leur dernière maison avec tout ce qu’il faut, infirmières, animations, télévision et médicaments. Un passage très long, qui empoisonne les « actifs », leur infligeant des démarches, de longs moments d’ennui, à écouter une fois par semaine des histoires qu’ils ont déjà mille fois entendues, et quand l’heure du goûter arrive, à les faire manger à la petite cuillère sous le regard attendri de l’infirmière qui passe, c’est beau d’aimer son père ou sa mère jusque dans les derniers jours.

 La vieillesse est comme une maladie, orpheline. Ce n’est sans doute pas faute d’avoir cherché, mais à l’heure où je parle, le vaccin anti-âge n’existe pas. On met des crèmes et de la pommade pour rajeunir, les laboratoires font ce qu’ils peuvent pour gagner des sous en laissant croire à des miracles. Ce qui est surprenant, c’est qu’on se maquille pour rester jeune mais jamais à l’inverse vous ne verrez un jeune se grimer le visage pour avoir l’air d’un sage.

 Ce n’est pas que la société n’aime pas ses vieux, mais plutôt qu’elle les regarde de haut. De sa technologie sans cesse renouvelée, de sa mise en question permanente d’anciennes règles, des changements incessants dans les modes de communication, bref : de ses modernités. Comme ils sont insupportables et incorrigibles, il faut bien les fustiger d’une façon ou d’une autre. La moquerie est une solution qui sans être toujours efficace est pour le moins plaisante. Déjà bien avant l’admission en maison de retraite quand les premiers symptômes du vieillissement se font sentir, certains comportements font sourire. Quand on se fâche parce qu’une sonnerie de téléphone interrompt la conversation, quand on s’irrite de voir la langue française massacrée sur tous les écrans et qu’on maintient seul contre tous qu’en grammaire comme en société il y a des règles à respecter, quand on dit bonjour aux élèves et qu’on les fait se lever en première heure de matinée, quand on introduit un film argentique dans l’appareil photographique, quand on écoute jusqu’au bout et en silence une symphonie, quand pendant la projection d’un film on demande de ne pas manifester bruyamment son émotion, quand on adresse une lettre manuscrite à sa famille sans conclure par ces mots : « envoyé de mon stylo à bille », la nouvelle société a un mot pour marquer l’auteur de ces curiosités : dinosaure.

 Le terme a un avantage par rapport à cet autre trop usé de « ringard » qui prête à confusion, car à l’origine il s’agit d’une barre de fer servant à attiser le feu, à décrasser les grilles, à retirer les scories, choses qui au sens figuré pourraient être des qualités. Au dinosaure on assène qu’il faut vivre avec son temps. Mais quel temps ? Celui des technologies nouvelles ? Si ce n’est que cela, rien ne s’oppose à ce que les malentendants, les déficients visuels et les personnes ayant des difficultés à se déplacer s’adaptent, car justement les progrès en électronique apportent un peu plus chaque jour des solutions efficaces. Mais si le temps est celui du conditionnement, des préjugés, des dogmes, des conflits et de la misère matérielle et morale, qu’on soit jeune ou qu’on soit vieux, il est le nôtre. Et les humains, quel que soit leur âge, sont sur la même planète.

 La jeunesse, comme la sénilité, est là-haut. Elle siège dans la partie la plus élevée du corps, au sommet. L’intelligence n’a rien à voir avec l’âge des artères. On peut être raciste ou homophobe à tout moment, antisémite à douze ans, négationniste à quatre-vingt dix. Conservateur à vingt ans et révolutionnaire à quatre-vingt. On entend des adolescents parler de carrière, de salaire, d’impôts, il y en a qui pensent à assurer leur retraite ! Et des vieux qui la passent à ruminer en ne voyant de l’univers que l’espace clos de leur jardin ! En réalité, ce ne sont pas les vieux qui nous pompent l’air, mais ceux qui sont vieux dans la tête, ces apôtres de la norme, de la prudence, du raisonnable, du prêt à penser, du comme il faut, ces gens qui –et cela est insupportable- ont toujours raison. En accord avec l’opinion, orientés perpétuellement dans le sens des courants et des vents, ils ne peuvent jamais se tromper et regardent les doux rêveurs que sont les jeunes de sept à soixante dix sept ans avec un sourire bienveillant.

 

§

 


Rendons hommage à ce jeune homme de soixante deux ans qui, contre vents et tempêtes a traversé l’océan en une semaine, atteignant la Guadeloupe en vainqueur.

 

 

17/11/2018

Aujourd’hui tout est difficile

 

 

 

Difficile de mettre en place des barrages à cause des forces de l’ordre.

Difficile d’atteindre l’autoroute, mais que fait donc la police ?

Difficile de ne pas s’énerver.

Difficile de se faire entendre.

Difficile de prendre le volant.

Difficile de ne pas le prendre.

Difficile d’entendre des alertes sur des catastrophes qui n’auront lieu que dans longtemps.

Difficile d’entendre les plaintes de la province quand on a le métro, le bus, un lieu de travail à cent mètres ou pas de lieu de travail du tout.

Difficile de payer un euro soixante le litre de carburant.

Difficile de se passer d’un home cinéma, d’ipades, de tablettes, de jantes en alu, de véhicules 4x4 et d’autres objets de première nécessité.

Difficile de diminuer les taxes.

Difficile de diminuer les dépenses publiques.

Difficile d’éviter le blocage du pays si c’est pour provoquer des grèves contre la diminution du nombre de fonctionnaires.

Difficile de gouverner un pays où tout est difficile.


§