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22/02/2018

Foulard bout de tissu

 


Femme voilée,
mon arrière-grand-mère l’était.
Barbe fournie,
il fut un temps où des révolutionnaires l’arboraient !
Femme claustrée,
la France en a connues, elle en claustrera encore.

Livre de prières
il y en a des piles dans les églises, plus encore qu’il y a de croyants.
Tendance à s’imposer,
cela m’est arrivé quand je n’étais pas convaincant.
Crainte du savoir, de l’histoire, de la science.
Peur de comprendre.

Refus du questionnement,
talon d’Achille de mon voisin d’en face.
Envies de violence,
qui oserait dire qu’un jour elles ne l’ont pas chatouillé ?
Camion fou,
alcoolisme, drogue ou simple fatigue. Perte de contrôle.

Conduite irraisonnée,
ainsi va le monde.

 

 En relisant cela je me dis qu’il n’est pas étonnant que l’islam soit compatible avec mon pays. Certes, du voile sur la femme au camion fou qui tue, cela fait beaucoup pour une seule foi. Mais à constater le peu de réactions des gens autour de moi face à la progression d’un mal qui bafoue les lois, nie les valeurs, et ronge le pays tout entier, force est de constater que le danger réside en nous-mêmes, et non en une religion qui n’a de vérité que le nombre de ses adeptes. Et pourquoi sommes-nous ainsi faits, apathiques, indolents, amorphes ?

 C’est que les français, ça n’existe pas. Il y a mon voisin d’en face qui ne se pose pas de question, mon cousin, un autre que je ne connais pas, et des millions qui chaque jour se font un signe en prenant leur courrier. Mais tant que la personne et ses biens ne sont pas menacés, elle se tait. Elle se fait oublier. En réalité, elle a la pétoche. Au tréfonds de nous-mêmes on a détecté le danger, mais comme un français sur cent meurt par accident ou du cancer, on se dit que ce n’est pas encore notre tour. Et on vit bien comme ça.

 Le hic, c’est qu’on a des enfants. Conduite irraisonnée.


§

 

14:42 Publié dans gens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cécité, apathie, français

12/02/2018

Le chemin et le but

 



 Je lis « Le chant des roues » de Claude Marthaler (1). Il raconte son voyage autour du monde à bicyclette, périple qui, en sept ans, lui a fait traverser quatre continents : l’Europe, l’Asie, l’Amérique et l’Afrique. Cette lecture me passionne, comme tous les récits de voyages et peut-être un peu plus. Car ce voyageur au long cours, par ses découvertes, ses rencontres, ses joies, ses déceptions aussi et jusqu’à ses colères, nous dresse un tableau de l’humanité. Des hauteurs de l’Himalaya à la Vallée de la mort quatre vingt mètres sous le niveau de la mer, en passant par le cercle arctique, la Cordillère des Andes et pour finir l’Afrique, partout il a rencontré des femmes et des hommes qu’il a su regarder sans préjugé, sans jamais manifester la moindre condescendance, sans juger. Mieux encore : son regard n’est pas celui d’un observateur. Il est observé lui aussi et peut-être plus car là où il arrive, il est inattendu. Le voyage à bicyclette s’il est difficile physiquement et souvent moralement pour celui qui l’entreprend est aussi un moyen de susciter la curiosité, les échanges et la fraternité. Les problèmes les plus graves que Claude Marthaler a dû surmonter sont ceux créés par des administrations tatillonnes avec lesquelles il lui fut souvent impossible de s’entendre. Mais avec les hommes et quelquefois les plus humbles vivant dans les régions du monde les plus déshéritées, partout : de l’accueil, de l’entraide, du plaisir.

 Outre l’intérêt de cette lecture, je suis tombé sur une réflexion qui m’inspire. C’est à la page 222. Il est en Amérique du sud, en route pour l’extrême sud du continent : Ushuaia. L’inquiétude grandit en lui car la certitude d’y arriver concrétise la fin de son voyage. Il aurait presque envie de ralentir pour faire durer encore ce voyage déjà long de cinq ans.

« Une fois de plus je réalise combien le chemin est plus important que le but. »

 Il m’est arrivé au cours de déplacements –certes plus modestes que celui de Claude Marthaler- de vérifier cette remarque. En Irlande par exemple, la rencontre avec Peter –dont j’ai déjà parlé sur ce blog- m’aurait presque fait oublier les curiosités que les guides touristiques disent incontournables. Les paysages fantastiques, la lumière et l’omniprésence de l’océan, le Connemara, les jeux celtiques et les chevaux sauvages ne m’ont pas fait monter les larmes aux yeux. Peter oui. Je suis encore ému en prononçant son nom.

 Il faudrait s’entendre sur ce qu’on appelle le but du voyage. A l’évidence pour l’auteur du livre, ce n’était ni la Patagonie ni l’Himalaya ni même l’accomplissement de l’exploit : faire le tour de la planète en vélo. Je crois que si le voyageur a un but, c’est le voyage lui-même. La vadrouille, l’errance. Voyager autour du monde, c’est faire un tour comme on dit. Au gré de l’envie ou des rencontres mais pas seulement. Par obligation quelquefois, le temps d’obtenir un visa. Par nécessité pour trouver à manger, faire le plein d’eau, s’assurer un abri pour la nuit. Au bout de la vadrouille il n’y a rien qui pourrait être inscrit dans un guide. Parce qu’il n’y a pas de bout. Que du sentiment, des questions, de l’émotion.

 Seulement voilà, nous sommes ainsi faits que nous ne pouvons vivre sans savoir où nous allons. Même les nomades se déplacent en fonction de quelque chose, les saisons, les besoins de leurs animaux, les pèlerinages, les rassemblements, sans parler bien sûr des interdictions qui leur sont faites ou des persécutions. Nous aimons savoir où nous allons : c’est plus qu’une question d’assurance, de garantie quant à l’avenir. Les hommes politiques l’ont bien compris qui exploitent à outrance notre souci du lendemain. Sous forme de promesses, on nous dessine un avenir jusque dans les moindres détails, inversion de la courbe du chômage, augmentation des salaires, exploration de la planète Mars, des repas pour tout le monde, plus un seul SDF pendant l’hiver, on donne même des dates, des échéances. Imaginez-vous une société dans laquelle le chef de l’état pourrait dire :

« Nous ne savons pas de quoi demain sera fait, nous verrons bien ! » ?

 Et pourtant, ferait-il plus de mal qu’un autre qui nous promet la lune ?

 Il y a aujourd’hui des sociétés qui vivent au jour le jour, sans se préoccuper du lendemain ou si elles s’en préoccupent, elles le lisent dans les astres ce qui revient pour nous rationalistes à s’en remettre au hasard. Mais ces sociétés sont loin, très loin d’ici. En grands seigneurs que nous sommes, nous nous en remettons à l’infaillibilité du bulletin météo et des programmes électoraux...Finalement, qu’un président prévoie dans un an et trois mois l’inversion d’une courbe, ce n’est pas bien grave, en tout cas ça l’est moins que le chômage.

 Ce qui serait plus grave, même inquiétant, serait de tracer l’avenir en fonction d’une fin. Les sociétés qui ont agi ainsi ont sombré dans le chaos et l’inhumanité. Car si un but ultime est déterminé, fixé, décidé, la société tout entière y est assujettie et quiconque s’écarte du chemin tracé devient un hors-la-loi. Un déserteur s’il s’agit du sort même de la nation. Pour ceux qui s’écartent du chemin en cas de guerre, la langue française dispose d’un catalogue fourni : séditieux, traître, félon, mutin, rebelle, insoumis, agent de l’étranger...

 Mais la guerre n’est pas une fin, un but ultime. Même la victoire n’est pas une fin. Elle est insuffisante pour satisfaire la soif d’absolu qui est la nôtre. Il nous faut des dieux, et si c’est impossible, à défaut de croire en un au-delà réparateur, d’un monde où toutes les justices seraient rétablies, qu’au moins on instaure ici-bas un monde de paix et de bonheur.

 Des idéalistes –ou qu’on croyait tels- s’y sont essayés, parfois avec succès, je pense à Godin qui conçut pour ses ouvriers le Familistère de Guise. Owen aussi en Grande-Bretagne. Mais ce furent des expérimentations réalisées à l’échelle d’une usine, d’une ville ou d’une région. Dès qu’on a voulu aller plus loin, sur un pays, un continent ou la planète entière, l’application d’idées au départ généreuses a mené à des tragédies. Il ne s’agissait plus de sauver une nation, d’engager des millions d’hommes et de femmes sur un programme ou un acte même d’envergure historique, mais d’appliquer une idée, de s’engager dans un système où l’existence de chacun, jusque dans sa vie la plus intime était impliquée. Jalonnée de discours, de plans, de quotas, de records et d’exploits, l’idée devient vérité universelle, porteuse tout à la fois du but final et des moyens d’y parvenir. En conséquence, tout ce qui gêne ou ralentit l’accomplissement du plan doit être combattu. Avec succès car le but final étant le bien de tous, celle ou celui qui se met en travers du chemin –plus qu’un dissident ou un renégat- devient l’ennemi de tous, l’ennemi d’un peuple. La pire des accusations, fatale. Quoi de plus horrible que cette maxime « qui veut la fin veut les moyens ». Horrible car trop souvent approuvée, plus d’une fois appliquée dans l’histoire.

 Comme le voyageur qui n’a d’autre but que de tourner autour de la terre et de faire des rencontres, viendra le temps j’espère où, bien que vivant dans le projet car nous sommes ainsi faits, réduisant la voilure, nous serons bien contents de suivre notre bout de chemin, un œil sur l’horizon certes, mais en regardant où nous mettons les pieds.

 

§

(1) éditions Olizane, Genève, 2002

23/01/2018

Pas de maître, un dieu peut-être




 Les liens qui unissent la religion musulmane et l’extrême gauche peuvent étonner. Il n’est que de rappeler les revendications et les slogans des révolutionnaires de 68, les « ni dieu ni maître », le combat des femmes, la liberté sexuelle, la liberté tout court. Pour l’aile marxiste de l’extrême gauche, les choses devraient être encore plus claires, car pour le matérialisme historique, les religions sont l’arme des possédants, un moyen pour juguler les rébellions en consolant le peuple, en lui laissant espérer des jours meilleurs, plus tard dans un monde où les derniers seront les premiers. Pour le marxisme, aucune nuance possible, la religion est un opium pour les peuples, elle disparaîtra avec la disparition de l’exploitation, la fin de la lutte des classes.

 Jusque là tout est clair. Mais il arrive que la théorie si belle soit-elle se voie confrontée avec la dure réalité du combat révolutionnaire dans une société où les gens de tous les jours ont parfois autre chose à faire que de lire les textes fondateurs. Il arrive même que les révolutionnaires les plus convaincus ne les respectent pas, ces textes. Car les choses ont été inscrites il y a plus d’un siècle et demi, on sait ce qui arriva lorsque les adeptes de ces théories eurent entre leurs mains la destinée de pays et de peuples : l’instauration de régimes totalitaires, l’abrogation de toutes les libertés, la poursuite des dissidents, des aveux extorqués, des internements en hôpitaux ou en prisons, des camps, des exécutions sans jugement, bref que des catastrophes.

 Ce qui explique pourquoi les travailleurs réfléchissent à deux fois avant de s’engager avec ceux qui -à demi-mot certes- tentent de remettre au goût du jour ces théories dangereuses.

 Il y a un autre facteur avec lequel les révolutionnaires doivent composer : la classe ouvrière n’est plus ce qu’elle était. D’une part qu’on le veuille ou non et c’est tant mieux, une grande partie de celle-ci s’est enrichie, embourgeoisée, maison, voiture, loisirs, vacances, assurance sociale. D’autre part les éléments les plus actifs de la classe ouvrière : les ouvriers d’usine sont de moins en moins nombreux et organisés. Des productions industrielles se sont déplacées sur d’autres continents, vers des pays qui exploitent à outrance des hommes des femmes et des enfants dans des conditions qui étaient les nôtres aux siècles passés. D’où –pour la France par exemple- des difficultés de recrutement pour les organisations syndicales et les partis dits ouvriers.

 Ces considérations expliquent pourquoi les adeptes des théories de la révolution –au risque d’oublier leurs principes- cherchent de nouvelles voies, de nouveaux moyens d’exister à défaut de rencontrer un écho dans les milieux ouvriers traditionnels. Voici quelques lignes tirées d’une déclaration d’une fédération départementale de la Fédération nationale de la libre pensée, à propos des personnels des secteurs propreté, gardiennage, logistique, « personnels externalisés des anciennes grandes entreprises » :

 « Ces personnels ont deux caractéristiques : très majoritairement ils sont sans qualification (premiers niveaux ouvriers) et sont à 75 % d’origine étrangère. Ainsi, la réaction, en faisant de ces catégories la cible d’attaques systématiques et de dénonciations répétées fait d’une pierre deux coups : elle aiguise par la stigmatisation de l’islam, les ferments du racisme, de l’opposition entre collègues de travail, de la division et elle confine les premières catégories ouvrières dans un isolement propice à la poursuite de la dégradation de leurs conditions d’existence. » (1)

 Que la « réaction » soit citée, pour peu qu’on soit familiarisé avec le langage traditionnel d'extrême gauche, rien de nouveau, il s’agit des forces politiques bourgeoises dont le rôle est de sauver le système capitaliste. Pour ce faire, elles appliquent la vieille technique qui consiste à diviser pour régner. Diviser la classe ouvrière, l’atomiser, opposer les ouvriers français aux ouvriers étrangers « …notamment en provenance des peuples et pays arabes… » (2) qui constituent 75% des personnes citées plus haut. Cette politique est rendue possible par la « stigmatisation de l’islam ».

 Il s’agit ici dune déclaration de la « Libre pensée », mais cette analyse est partagée par les autres courants de l’extrême gauche, en particulier la France insoumise. Elle consiste à nier les offensives anti-laïques de l’islam, et à justifier ce silence en laissant croire que les dénonciateurs de ces offensives sont en réalité les alliés du système bourgeois en place. On trouvera aussi toutes les justifications possibles aux atteintes quotidiennes à la laïcité dont sont coupables les islamistes. Si un chauffeur de bus refuse de s’asseoir sur un siège précédemment occupé par une femme, on dira que c’est du machisme, que la religion n’est pas en cause. Si un patron exige –conformément au règlement de l’entreprise- qu’une certaine tenue vestimentaire doit être respectée, on invoquera une atteinte à la liberté individuelle. Qu’une accompagnatrice scolaire soit voilée, on le justifiera par le fait qu’elle ne l’est pas dans la cour de l’école, mais dans l’espace public où c’est autorisé. On mesure en même temps l’habileté des islamistes qui ont l’art de transgresser les lois de la république, aidés en cela par l’extrême gauche qui leur pardonne tout.

 Si la philosophie des révolutionnaires n’a rien de commun avec la religion quelle qu’elle soit, elle partage largement les valeurs véhiculées par l’islam politique : la critique du capitalisme, de la société bourgeoise décadente, la haine de l’Amérique, du monde anglo-saxon et d’Israël, et plus largement de l’Occident anciennement colonisateur et toujours –car avide des richesses du tiers monde- causeur de guerres.

 De cette association d’idées, de cette communion de pensée pourrait venir le salut des partis dits révolutionnaires. Un pacte entre l’islam politique et le marxisme, voilà un fait qui aurait fait bondir les lecteurs assidus des œuvres de Marx et d’Engels -sauf peut-être un Garaudy, lire « Promesses de l’islam » (3)- mais dans la mesure où il proposerait un avenir aux courants révolutionnaires, ce pacte n’est pas du tout impossible (4). Et la bienveillance affichée des prétendus libres penseurs et des marxistes vis-à-vis de la religion « des pauvres » pourrait permettre de nouveaux recrutements, dans les banlieues par exemple, qui retrouveraient leur rougeur d’antan. Ce qui est compatible avec la condamnation du christianisme, religion « des riches », « occidentale », « missionnaire » qui, elle, reste un opium pour les peuples (5). Voir le battage que ces gens font autour des crèches de Noël, quand à l’hôtel de ville d’une capitale on fête la fin du ramadan, ou qu’on feint de ne pas voir les rues envahies par une foule en prière.

 Dépités qu’ils sont encore par la chute du communisme à l’est, on peut comprendre les révolutionnaires voyant dans l’ouvrier musulman accusateur de l’Occident un frère d’armes dans la lutte pour le monde futur.

 

§


(1) Texte fondateur du groupe départemental Fernand Pelloutier de la Libre Pensée 78. Juin 2015

(2) id.

(3) Roger Garaudy, Promesses de l’islam

(4) Ce ne sera pas la première fois que les communistes mettront entre parenthèses la théorie de la lutte des classes. L’alliance des marxistes avec des forces non prolétariennes ou même bourgeoises et nationalistes avec comme seule condition qu’elles s’affirment anti-impérialistes a marqué les heures de gloire du tiers-mondisme en Afrique et en Amérique latine notamment, alliance qui conduisit à d’étranges situations comme en Egypte où les communistes locaux étaient emprisonnés quand Moscou pactisait avec le régime.

(5) voir le traitement que les islamistes infligent aux chrétiens en Orient comparé à la situation des musulmans dans les pays occidentaux où la démocratie permet la liberté des cultes, même là où le christianisme est majoritaire.