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30/06/2015

Sans titre

 

 

 En Tunisie à Sousse, 38 personnes pour la plupart des touristes, ont été stigmatisées sur une plage. 

 En France à Saint Quentin-Fallavier, un homme de 54 ans a été stigmatisé dans des conditions atroces. 

 Mais quand allons-nous mettre fin à la stigmatisation des innocents? 

 Quand allons-nous mettre fin à cet amalgame insupportable entre des touristes, un homme innocent et le reste de l'humanité?

 

§ 

 

 Au diable les marches blanches ! Ce ne sont pas 200 personnes qui sont concernées, mais des millions, et nous restons là sans bouger en serrant les poings ne sachant quoi faire. 

 J'ai une pensée particulière pour les proches de Hervé Corona. 

 Une pensée aussi pour les familles des trente huit victimes, et de l'admiration pour les employés de l'hôtel de Sousse qui se sont interposés pour mettre fin au massacre.  

23/06/2015

Sur l'art de s’accommoder de tout

 

Quand le vieux monsieur nettoyait le trottoir à quatre pattes et qu’autour de lui des hommes en uniforme lançaient des quolibets, tout en faisant ses courses, Elle se demanda ce que cet homme avait bien pu faire et se rappela soudain qu’Elle avait oublié le pain. Et c’était vrai, Elle avait oublié le pain. Et se mit à courir comme une folle car on était dimanche, et les commerces ferment tôt. 

 Elle resta chez Elle le jour du Grand Rassemblement, c’était très beau à ce qu’il paraît, mais alors, la musique était trop forte et aussi le discours, ce n’était pas tant ce que disait l’homme qu’elle ne supportait pas, mais le niveau sonore, du coup Elle ferma la fenêtre. Et c’était tant mieux d’abord pour les oreilles et puis, c’était pas un temps à mettre le nez dehors. 

 Quand ils ont monté l’escalier, qu’ils ont frappé à grands coups sur la porte des gens, qu’ils ont empoigné la femme, poursuivi le jeune homme au grenier, dévalé les étages avec les petits qui hurlaient, qui appelaient leur mère, Elle s’est cloîtrée chez elle, Elle n’a pas bougé, Elle a écouté les pas, les coups, les cris. Elle s'est glissée doucement dans la chambre des petits. Ils dormaient profondément. 

 Quand l’épicière a dit que c’était terrible ce qui arrivait à tous ces pauvres gens, surtout pour les enfants vous savez, surtout pour les enfants, Elle a dit que oui, c’était terrible, et que si Elle pouvait, Elle ferait quelque chose, mais que la vie était déjà très difficile et pendant toute la guerre Elle a dit que la vie était très difficile. Elle avait mille fois raison. 

 Quand les gens ne sont pas revenus, Elle ne l’a pas su, car Elle avait dû changer d’immeuble, cause un enfant de plus, un beau petit qui aurait sa chambre pour lui tout seul. L’épicière lui dit que c’était bien fini tout ça, et que tant mieux ce n’était pas trop tôt. Elle a répondu que oui ce n’était pas trop tôt. 

 Quand les étudiants descendirent dans la rue, qu’au péril de leur vie ils montèrent sur les chars d’assaut, que les soldats venus de loin de très loin fraternisaient avec eux, que les poètes déclamaient, que les chanteurs chantaient, que les journalistes écrivaient, que des milliers, des millions peut-être d’ouvriers, de paysans, de gens la main dans la main réclamaient le droit à l’espoir, Elle regardait par la fenêtre et pensait qu’ils ne devraient pas faire ça, que les choses allaient mal tourner. 

 Quand les étudiants descendirent dans la rue pour changer les choses, quand au-delà des frontières et des océans, des étudiants descendirent dans la rue pour changer la vie, Elle dit qu’ils avaient bien raison, mais qu’il ne fallait pas tomber dans les excès, que tout allait bientôt rentrer dans l’ordre, qu’Elle allait réfléchir et quand Elle aurait réfléchi, qu’Elle signerait la pétition. 

 Quand cet homme a traversé l’avenue et s’est planté là, devant un char, quand des milliards de gens ont vu cette image, Elle ne l’a pas vue, entre les enfants, le ménage, les courses, vous croyez qu’elle avait le temps ? Et même si Elle avait le temps qu’est-ce qu’Elle aurait dit ? Que cet homme dans un accès de folie avait cru pouvoir changer le cours des choses ? Voyons, un homme ne peut rien contre un char, se dit-Elle, encore une fois Elle avait bien raison, c’est une évidence, un homme ne peut rien contre un char..

 Quand la jeune fille du train a été défigurée par une projection d’acide Elle a été indignée dans son for intérieur, et très étonnée surtout qu’une jeune fille de cet âge prenne le train toute seule à une pareille heure. Et cette jeune fille était-elle aussi innocente qu’on a bien voulu le dire ? Rien n’est moins sûr pensa-t-elle. On n’est jamais sûr de rien. Les choses étant ce qu’elles sont. Et encore pas toujours. 

 Quand trois mille personnes périrent dans des tours en flammes, Elle ne s’en étonna pas, car les choses devaient bien finir comme ça. Quand on lui dit que les trois mille victimes n’y étaient pour rien, elle n’entend pas car plantée devant la télé, Elle regarde pour la millième fois les terribles images. C’est une dévoreuse d’images, Elle les regarde et les regarde encore en croquant le chocolat. 

 Que des femmes soient méprisées, battues, violentées, fouettées, lapidées, séquestrées, vêtues de noir des pieds à la tête, que des filles soient interdites d’école, qu’elles soient mutilées, que des garçons apprennent à lire sur un livre qui appelle à la guerre, manipulés par des brutes fanatisées avides de massacres et de sang, nostalgiques d’un temps où les bûchers et le gaz venaient à bout des hérétiques, non, tout cela la laisse froide, et puis c’est loin, très loin. Mais non, ça se rapproche. Allez, allez, il ne faut rien exagérer. On nous en raconte tellement.

  Avec Elle, ce n’est pas la semaine du blanc, c’est le Blanc éternel, le Grand Blanc –je veux dire le silence. Elle est la reine du silence, la déesse du néant. Quand on lui demande son avis, les assemblées ayant horreur du vide, Elle se tourne vers celle ou celui qui pourrait éventuellement répondre à sa place, ou admoneste ses enfants, ramasse un objet ou le fait tomber, attrape un gâteau ou mord dedans. Elle est maîtresse dans l’art de la pirouette. 

 Quand Elle sera devenue vieille, que ses enfants auront grandi, qu’ils auront un travail et fait des petits, Elle ne fera pas son examen de conscience car on ne peut examiner que ce qui existe, et n’éprouvera aucun respect pour celles et ceux qui se sont battus pour qu’aujourd’hui des femmes et des hommes vivent libres, pour celles et ceux qui ne l’ont pas connue. Oh non, ceux-là ne l’ont pas connue ! 

 Mais qui est-elle donc, Celle qui existe sans être, qui parle sans dire, qui marche sans avancer ? Qui est donc cette créature de partout et de nulle part ? Ce n’est pas une créature, mais elle s’incarne facilement. Vous le savez bien, vous qui un jour avez failli succomber à son charme, qui avez tenté de la toucher, de l’arrêter. L’arrêter ! Laissez-moi rire ! De corps, elle n’en a que les jambes, et elle court, et elle court. 

 La Fuite, mère de tous les dangers. 

 

§

 

 

 

 

09:47 Publié dans gens | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : engagement, désengagement

21/06/2015

Invasion

 

Violant les frontières qui protégeaient ce que le monde terrestre comptait encore de bonheur, d’art de vivre, de bon vin et bonne chère, d’intelligence, d’exquis parfums, de jolies femmes, de héros de la Résistance, de vaches qui paissent dans de beaux paysages, de sportifs et d’intellectuels sains de corps, 

Profanant ce verger d’Eden où le Créateur, dans un souffle, avait dit : « C’est la France. Et pour ne pas qu’elle s’ennuie, je ferai naître sur son sol les plus grands génies », Il pensait aux créatures de sexe masculin principalement, car à l’époque la femme n’existait pas vraiment tout à fait, disons qu’elle était encore dans les cartons, les premiers essais sur le terrain (en Afrique pour ne pas effrayer nos compatriotes) n’ayant pas été vraiment concluants : petite taille, prognathisme prononcé, tendance à grimper aux arbres…. on savait le Très-Haut parfait en plus il est perfectionniste, il ne faut donc pas s’étonner si Marie Curie n’arrive qu’au vingtième siècle, trois millions d’années après Lucy, deux millénaires et des poussières après Archimède, qui reste au stade actuel des recherches généalogiques le premier chercheur de haut niveau de souche française, 

Franchissant des frontières qui avaient su arrêter tous les nuages, 

Piétinant, rasant, saccageant le sol du pays des droits de l’homme, un état dont les Grecs Anciens nous envient encore la démocratie, République la plus républicaine du monde, petit Paradis au climat ni trop chaud ni trop froid irrigué de rus, torrents, rivières ou fleuves gigantesques qui courent, tout fous au pied des coteaux où le pampre chauffé par l’astre de feu délivre, goutte à goutte le Breuvage des dieux, 

Souillant un espace parcouru en quelques minutes par une Merveille technologique aussi rapide que jalousée par le monde entier, un territoire chèrement conquis, aujourd’hui sillonné de Voies qui, des Champs Sacrés Elyséens, plus belle Avenue du monde, par les surprenants et magnifiques Ponts jetés sur le vide par les plus grands artistes, défis à la pesanteur et aux vents, vous déposent aux Portes de la mer, au Pied des montagnes, vous perdent sur les Landes étranges, vous rassurent au Cœur des terroirs,

 Outrageant un peuple, une communauté, association de tous les possibles, conjonction de la civilité et du bien-vivre, un peuple dont la modestie légendaire, entravant une fierté légitime, ferme la porte à l’arrogance,

 Humiliant un peuple jusqu’alors admiré, aimé, chéri de tous, dont le rationalisme le dispute à l’intelligence, un peuple dont le premier venu esquisse un sourire quand on lui annonce qu’il n’y aura bientôt plus de pétrole, car il sait assuré autant que radieux son avenir énergétique par la grâce hyper-sophistiquée des centrales nucléaires les plus sûres de toutes, quand les grosses brutes étrangères en sont encore à la tour à hélice, 

Affligeant une nation où la diffusion par radio des conseils de ralentissement pour éviter les pics de pollution sont complètement inutiles puisque les automobilistes les anticipent et roulent au pas ou marchent à pied dès qu’ils détectent un micro milligramme d’oxyde de carbone dans l’atmosphère, un pays où l’expression « respirer l’oxygène à pleins poumons à Paris, Lyon ou Marseille aux heures de grand trafic » a encore un sens, et pourquoi cette expression a-t-elle encore un sens ? Par un tout bête esprit de discipline qui consisterait à se soumettre aux ordres et aux lois ? Allons allons, laissons l’obéissance aux peuplades qui sollicitent l’entrée en civilisation. Ici il nous faut évoquer la belle idée de Responsabilité,

 Bravant toutes les règles internationales, 

Défiant le Droit du Peuple à disposer de lui-même, 

Bafouant la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, 

Feignant d’ignorer l’œuvre du Chef Franc Clovis vainqueur des Romains, des Alamans, des Burgondes et des Wisigoths, ainsi que la Victoire de Charles Martel sur les Arabes à Poitiers, l’Annexion de la Normandie, de l’Amiénois, de l’Auvergne et de la Champagne par Philippe II Auguste, 

Pilonnant une Nation édifiée en mille ans, pierre par pierre, dans la souffrance, 

Reniant les acquis de la Grande, la très Grande Révolution Française, et ses Héros Jean-Baptiste Kléber vainqueur des Vendéens et Lazare Hoche qui sauva Dunkerque et repoussa Autrichiens et Prussiens, 

Feignant d’oublier les exploits de la Grande, la Très Grande Armée quand 

 

Leur bouche, d’un seul cri, dit : vive l’empereur !

Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,

Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,

La garde impériale entra dans la fournaise. (2)

 

Chassant de la Mémoire l’héroïsme des Soldats de la Reconquête (1) 

Maculant un Peuple, morcelant une Nation, altérant l’Histoire,   

Figeant un Destin,

 

Hélées en tapinois par le chafouin parti

De l’étranger, infâme ligue de félons,

Apostats de Sainte et Souverain’ Patrie,

Après moult conciliabules, conversations

 

Les Forces Armées d’Européenne Commission

Depuis Bruxelles, avec chars, canons et blindés

Dans Paris, en fanfare et au pas, sont entrées. 

 

§ 

 

(1) allusion probable à la restitution de l’Alsace-Lorraine à la France en 1919 ;

(2) selon Victor Hugo ;

 

 

08:40 Publié dans étrange | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, france