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19/06/2009

Nocturne

 

  

 

J'ai croisé ce matin une dame en noir

De la tête aux pieds cette dame était vêtue de noir

Suivie d’un homme cheveux ras barbe fournie

Qui promenait un enfant dans une poussette

 

J’ai croisé ce matin une dame en noir

Qui marchait devant

Enveloppée de mystère elle avait fière allure

Attirant sur elle tous les regards et celui

Sombre, de l’homme

 

J’ai croisé ce matin une dame en noir

Sans visage

Il était encore tôt c’était dans un rêve et la veille

J’avais bu.

 

20:14 Publié dans étrange | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : burka, fondamentalisme

04/06/2009

Cérémonie oecuménique

 

  La force de persuasion de l’Eglise ne vient pas de ce qu’elle dit, mais du moment où elle le dit. Et le meilleur moment, celui où le message religieux est écouté, où l’observation du dogme devient inévitable, c’est le moment où l’émotion est la plus intense.

 

 Révolte, accablement, tristesse, paroles de réconfort, rassemblements silencieux, manifestations de solidarité avec les familles des victimes, il y a beaucoup d’humanité dans ce monde, cela fait chaud au cœur.

 

 Sous les voûtes monumentales du temple, des familles sont accablées par la douleur. Alors, dans le recueillement seulement accompagné des longues plaintes de la musique sacrée, parents, enfants, amis attendent les paroles consolatrices du représentant de la Puissance divine. Chaudes paroles empreintes de respect, d’attention, où la vie du défunt est rappelée avec application, et précaution aussi, les défunts sont toujours de braves gens.

 

 Ne soyons pas méchants. Surtout dans ces moments-là. Il nous est accordé la liberté de faire célébrer notre disparition selon le rite de notre choix. Ou sans rite du tout. Et c’est précisément là que je voudrais en venir. 

 

 L’importance du drame, le chagrin des familles ne doit pas nous empêcher de réfléchir et de nous demander :

 

1/ Pourquoi la cérémonie fut religieuse ;

2/ Pourquoi elle fut célébrée dans une cathédrale, selon le rite catholique ;

 

 Remarquons d’abord que les cérémonies religieuses d’importance présentées comme œcuméniques sont toujours célébrées dans des lieux de culte catholiques selon le rite du même nom, sans oublier le traditionnel message du pape. Si toutes les familles concernées se reconnaissent dans cette confession, je retire tout ce qui va suivre. Mais je doute. Je sais cette religion majoritaire dans le pays. ELLE NE FAIT DONC PAS L’UNANIMITE.

 

 Par ailleurs où, quand et comment rend-on hommage aux familles qui ne sont ni chrétiennes, ni musulmanes ni juives ? Les personnes qui ne sont pas croyantes ont-elles droit à un hommage ?

 

Qu’on ne me dise pas (comme dans un commentaire sur Orange il y a quelques mois) que :

 

« chacune de ces familles si dramatiquement éplorées A TOUTE LIBERTE DE prendre part, ou non, à la célébration religieuse » (souligné par moi)

 

Sans vouloir le jeu de mots, je mets la formule sur le compte de la plus mauvaise foi. Imaginez-vous possible pour des personnes ayant vécu un tel drame, alors que tous les regards, les micros, les caméras sont dirigés sur elles, d’imposer que leurs proches reçoivent un hommage séparé, simplement parce que leur confession, leur conception du monde n’est pas la même ? Il m’est déjà difficile de ne pas entrer dans un temple ou une église à l’occasion des funérailles d’un ami… rester seul sur le parvis… il y a le café en face, ce n’est pas le lieu ni le moment… attendre bêtement dans la voiture puis… à l’issue de la cérémonie… affronter les questions et vous trouver incapable d’y répondre parce que vous êtes accablé d’une double peine : du chagrin, ça oui, vous en avez. Mais les autres ont du mal à y croire.

 

 On aurait donc « toute liberté de… » ?  Oh merci, religieux de toutes confessions de laisser aux mécréants encore un espace de liberté !

 

 On m’avait dit aussi :

 

« De quoi vous mêlez-vous? Que vous le vouliez ou non, les racines de notre chère terre de France sont chrétiennes »

 

 Je reste ébaubi. On peut toujours critiquer les régimes totalitaires où la pensée unique fait la loi. Ces gens-là ici, heureusement, ne sont pas au pouvoir ! Quand aux racines, on peut leur faire dire beaucoup de choses. On peut dire aussi qu’elles sont féodales, quand elles toléraient le servage ici, l’esclavage là-bas. Du point de vue purement religieux, on peut leur attribuer la tradition des bûchers, des tourments, de la Question, de l’intolérance sous toutes ses formes, de la chasse aux Cathares, aux sorcières, aux humanistes, aux scientifiques, ici. On peut leur attribuer l’accompagnement missionnaire de la colonisation des peuples, là-bas. On peut, ici, attribuer aux racines de notre chère terre de France la soumission de la femme, la guerre aux protestants, la rouelle pour les juifs et bien d’autres traditions peu réjouissantes.

 

 Où est-elle cette république laïque, flambeau de l’exception française, une république qui avait promis de respecter tous les cultes, à condition qu’ils n’empiètent pas sur le domaine public ? Une république dont le président va faire des courbettes au pape ? Une république où les présidents, les membres des gouvernements de gauche et de droite assistent –dans le cadre de leurs fonctions- à des cérémonies religieuses ? Une république qui introduit peu à peu et subrepticement l’enseignement religieux à l’école publique ? Tiens, au fait, à quand dans les écoles l’enseignement de l’athéisme ? Non, je plaisante, le développement chez nos enfants de l’exercice libre de la pensée serait déjà un énorme progrès.

 

 Pour finir, et pour répondre par avance à ceux qui m’accuseraient d’intolérance ou d’anticléricalisme primaire, j’ai du respect pour les personnes croyantes et pratiquantes, quand elles le font sincèrement, sans chercher à influencer les autres.

 

§

 

 

 

 

 

 

29/05/2009

Prêchi-prêcha

 

            - ...s’il y a Quelque chose, je ne sais pas. Je ne suis convaincu ni de l’existence, ni de l’inexistence d’une Puissance qui serait à l’origine de tout...

 

- agnostique ?

 

            - mm...qu’on ne puisse tout connaître par la science, j’en suis convaincu. Il y a des phénomènes qui nous échappent, et qui seront toujours inconnaissables.

 

- doute ? scepticisme ?

 

- peut-être. Pourtant, vois-tu, j’ai fait baptiser mes enfants.

 

- là, je ne te comprends plus. Peut-être ton épouse...

 

- non, nous avons pris cette décision d’un commun accord.

 

- ne me dis pas que tu as calqué ton attitude sur le fait majoritaire!

 

- non, surtout pas.

 

- la perspective d’un bon dîner en famille?

 

- on a bien fêté l’événement, mais là n’est pas la question. Comment dire? Ce n’est pas facile. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais eu le sentiment de... j’aurais eu l’impression de trahir.

 

- trahir qui?

 

- mes parents, d’autres encore sans lesquels je ne serais pas ce que je suis.

 

 Cette personne est un professeur des écoles, son témoignage est à mes yeux d’autant plus consternant. Eprouver de la considération pour ses parents, pour ses éducateurs, est un sentiment humain et respectable. Et vieux comme le monde. Bien avant la psychanalyse, cet idéal du moi, cette image éternelle du père (fouettard souvent, protecteur parfois) hante la Genèse et les livres des Patriarches. Mais tous les parents ne sont pas des modèles. On peut refuser tout ou partie d’un héritage. Si notre civilisation doit beaucoup aux Grecs et aux Latins, elle n’a pas cru bon d’honorer certaines traditions, heureusement. Je ne vois pas en quoi une personne (honnête) mettant ses actes en accord avec sa pensée (ou avec ses doutes, ses incertitudes), pourrait trahir quelqu’un ou quelque chose.

 

 Contrairement (en apparence) aux propos de mon interlocuteur, il est de bon ton aujourd’hui de dire qu’il faut se remettre en question, qu’il faut “être bien dans sa tête”. Les maîtres ne doivent plus transmettre un savoir, mais “apprendre à apprendre”. La tête “bien faite” de Montaigne séduit aujourd’hui tout ce que la société compte de têtes bien pleines de gentils projets pour nos petits: le prêtre enseigne que la Vérité siège au plus profond de l’âme, et se déclare prêt à baptiser à tout âge. Le professeur prêche qu’il faut rechercher nos racines, et faire lire à nos enfants les textes fondateurs de notre culture chrétienne. Certes, tous les prêtres ne sont pas des pédagogues, certains lisent encore la messe en latin. Et tous les professeurs ne sont pas des généalogistes chrétiens, certains sont laïques. Mais dans l’ensemble, en ce début de siècle, le dogme ne s’encombre pas nécessairement du vernis de la tradition, il peut même se glisser -sans perdre sa cohérence- dans la modernité. Il n’est pas un livre. Il n’est pas un recueil de principes. Il est œuvre humaine. Ecrit, lu, récité, déclamé, décliné, invoqué, débattu, réformé, mais dans l’ensemble imposé par des êtres humains à des êtres humains. Le dogme n’est pas un corps sans vie, plutôt un moribond en perpétuelle réanimation. Cinquante mille personnes sont emportées par un torrent de boue après un séisme, un peuple désespéré mais aussi courroucé implore le Ciel. Une petite fille est sauvée des eaux, et c’est un Miracle. Les saints aussi apportent leur contribution. Comment pourrais-je ne pas présenter à des enfants comme exemplaire l’action de mère Térésa ou de l’abbé Pierre? Une simple image télévisée peut les convaincre que ces gens-là se mettaient en quatre pour adoucir la misère du monde. Maintenant, essayez d’expliquer à ces jeunes téléspectateurs que la première prônait une conception de la femme à peu près comparable à l’image qui nous en est donnée dans la bible, et que l’autre était l’ami d’un négationniste et qu’il tenait des propos antisémites. Bref, à moins que vos enfants soient très en avance sur leur âge, si vous avez besoin de repos, si vous recherchez la paix au foyer, inscrivez-les dans un cercle de catéchistes, ces gens-là ont réponse à tout et font la joie des tout petits. Il est plus charmant d’entendre le bon Père vous chanter que les Rois Mages ont suivi la bonne étoile plutôt que d’entendre son paternel vous interdire de mettre les coudes sur la table, et ressasser pour la nième fois que la religion est l’opium du peuple. On transforme bien une citrouille en carrosse, pourquoi un mort ne reviendrait-il pas à la vie? Allez expliquer à votre enfant la différence entre une histoire qui se présente comme une histoire, et une histoire qui se présente comme vraie, pourquoi on présente comme vrai quelque chose qui ne l’est pas!

 Puis ils font leur communion. Et ils savent tout. Qu’un mort, donc, peut ressusciter, qu’une femme a mangé un fruit pourtant défendu, et qu’à cause d’elle on va souffrir, qu’on peut assassiner son fils par fidélité à son dieu. Ils en savent suffisamment et sont, surtout, tellement éblouis (ou effrayés) par ces fortes images qu’elles leur reviennent à l’esprit, même après de longues années, plus facilement que les mathématiques ou toute autre matière où un effort de pensée est nécessaire. Aussi pourront-ils les transmettre à leur tour et faire baptiser et communier leurs enfants.

 

            -  Quant à toi, mécréant, quels repères proposes-tu à tes enfants?

           

- Du piano, du violon, de la flûte. De la peinture, du dessin (peut-être de la calligraphie). Des jeux cérébraux: échecs et go. Du sport. De la danse. Du patinage (artistique). Du cinéma. Des concerts.  Des correspondants étrangers. Des voyages... Non, je me suis laissé emporter. Ils ont leur travail d’école. Quand même, le piano, j’aurais tant aimé. Et si on les laissait un peu tranquilles? On nous a tant assujettis aux cordes, disait Montaigne, que nous n’avons plus de franches allures: notre vigueur et liberté est éteinte. Citant Sénèque il ajoutait:

 

Jamais ils ne deviennent leurs propres maîtres.

 

 

§