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05/02/2010

Islam et extrême-gauche: caresses prénuptiales

 L'extrême gauche et l'islamisme convolent en justes noces. Faute d'avoir à leur disposition un idéal à proposer, depuis l'effondrement du communisme et l'image désastreuse offerte au monde par les états théocratiques, ils n'ont rien d'autre à offrir que la critique radicale des sociétés occidentales qu'ils qualifient tour à tour de capitaliste, consumériste, individualiste, égoïste, militariste, colonialiste, foyers de luxure et de déchéance morale.

 

 Sur le site du NPA, le 17 juillet 2009 était annoncée l'organisation d'une Marche Mondiale des Femmes en 2010. L'objectif étant de lutter contre les

 

« violences, les discriminations, les inégalités, la pauvreté et le racisme. »

 

Que vient faire le racisme dans cette liste des atteintes aux droits des femmes ? Le racisme épargne-t-il les hommes ? N'est-ce pas là une tentative de déplacer le problème d'Orient en Occident, pour l'extrême gauche le racisme étant nécessairement et exclusivement un mal qui frappe les populations immigrées dans les pays de l'hémisphère nord. Oui, tentative de déplacer le problème, car le mal dont souffrent les femmes dans nombre de pays du tiers-monde n'a rien à voir avec le racisme, pas plus d'ailleurs qu'avec le colonialisme, les imams de là-bas n'ont pas attendu les colonisateurs (ni d'ailleurs la lecture du Coran) pour faire de la femme un être sans droits. Le sort fait aux femmes dans ces pays est plutôt à mettre en rapport avec les traditions, confortées par les dogmes religieux.

 Dans cet article, certes, le patriarcat est désigné, mais aussi et surtout « son allié le capitalisme ». L'auteur précise :

 

« au sud comme au nord, leurs institutions (gouvernements, grandes entreprises, religions) veulent nous empêcher de conquérir nos droits ou essayent de nous enlever ceux que nous avons déjà acquis. (...) »

 

« ...les états, subordonnés aux intérêts du capital financier et des multinationales, abandonnent les populations (...) dans ce contexte, les problèmes de pauvreté et de violences envers les femmes augmentent dramatiquement. »  

 

 L'amalgame « gouvernements -grandes entreprises -religions » permet de noyer le poisson et de disculper les gourous locaux qu'on suppose, comme les états, subordonnés aux intérêts du capital... donc de l'Occident capitaliste.

 

 Bref, tout le monde est innocent sauf... qui vous savez. Une belle leçon d'immoralité qui rend irresponsables et laisse les mains libres à tous ces petits guides ou ayatollahs locaux qui, malgré leur bon vouloir et leur acharnement à rendre heureux leurs peuples, n'y peuvent mais, empêchés qu'ils sont par le méchant impérialisme occidental.

 

On retrouve la même démarche, de façon encore plus radicale dans la déclaration d'un autre parti, le Parti Ouvrier Indépendant (Informations ouvrières du 21 janvier 2010) :

 

« Régulièrement, les médias nous informent que des citoyens français meurent en Afghanistan. Ces jeunes gens auraient été envoyés là-bas « pour défendre la démocratie contre la menace du terrorisme ». La démocratie, ce serait donc nous, les petits anges du monde occidental ! Le terrorisme, ce serait eux, les barbus en costume traditionnel qui obligent leurs femmes à porter la burqa.(1) »

 

La question centrale de l'article est :

 

« Mais de quel droit pouvons-nous donner des leçons ? »

 

Suit une liste de crimes et massacres dont nos « démocraties » se sont rendues coupables :

 

  • - la Saint-Barthélémy et ses milliers de cadavres;
  • - les dragonnades des Cévennes, la répression religieuse la plus inhumaine de tout temps;
  • - les massacres de juin 1848 et ses 15000 ouvriers trucidés par les milices bourgeoises et bien-pensantes;
  • - la Semaine sanglante de la Commune de Paris qui vit les mêmes milices massacrer 30000 femmes et hommes;
  • - notre politique coloniale, qui fit «suer le burnous» pendant plus d'un siècle et qui a laissé installer des régimes qui rendent encore plus malheureux les «indigènes»...

 

Certes, pour s'en tenir à la France, il n'y a pas de quoi s'enorgueillir d'un passé aussi sanglant, violences auxquelles il faudrait ajouter la Terreur révolutionnaire, les guerres sanglantes napoléoniennes, les millions de morts pour rien entre 1914 et 1918, la collaboration et la persécution des juifs et des résistants par l'Etat français... bref.

 

Mais pourquoi s'en tenir à la France ? L'analyse s'éclaircit quand on lit :

 

« Durant la guerre froide, on nous a déjà fait le coup du « monde libre et de la défense de la démocratie ».

 

Ah ? Comme c'est joliment dit, « la guerre froide », mais qu'y avait-il donc face au « monde libre » ? Un paradis réservé à deux cent et quelques millions d'individus qui, de Berlin à la Sibérie construisaient entre des barbelés une société nouvelle ? Alors oui, comparé au régime totalitaire qui de social n'avait que le nom, les démocraties capitalistes occidentales pouvaient être qualifiées de monde libre. J'ajouterais que nous avons eu chaud de n'être pas libérés du nazisme par l'armée rouge. On sait ce qu'il en a coûté aux peuples d'Europe de l'est. N'est-il pas révoltant de lire dans le même article :


 « Depuis la chute du Mur de Berlin, les «  peuples libérés » constatent à leurs dépens que la « voix de l'Amérique » racontait des histoires et que leur nouvelle situation n'a rien à envier à la précédente. »

 

Si l'auteur de l'article a connu l'Europe des démocraties populaires, c'est probablement comme touriste. Et encore ! Il a dû fermer les yeux. Les tuyaux de gazoduc qui passaient au-dessus des lotissements (Eisenach en Thuringe),

 

 ces files d'attente interminables devant les étalages quasiment vides des épiceries (banlieue de Prague),

 

 ce couple d'enseignants retraités de RDA rencontré en Tchécoslovaquie, contraints de planter leur tente canadienne dans la zone « DDR » du camping, zone quadrillée par des joggeurs de la stasi en survêtement, couple d'enseignants à qui il était interdit de communiquer avec les campeurs des autres états, et qui durent attendre plusieurs années pour la livraison d'une Trabant crachant une fumée suffocante, alors que d'autres, membres du SED roulaient en Lada ou en Skoda, sans parler des notables du parti qui passaient leurs vacances en occident,

 

 ces Praguois (communistes pourtant !) qui ne pouvaient se rendre en France, car ils s'étaient rendus en Italie capitaliste l'année précédente,

 

 ces étudiants slovaques qui poussaient jusqu'en Slovénie pour faire le plein de carburant,

 

 ce couple de communistes yougoslaves qui se plaignait de verser des impôts pour assister monténégrins et kosovars, mais qui justifiaient que les routes menant (à Korcula) à la propriété de Tito fussent asphaltées et régulièrement entretenues, alors qu'ailleurs...,

 

 à Weimar les murs noirs de pollution portant encore dans les années 80 les traces des impacts de balles et d'obus de la guerre,

 

 les soldats de l'armée rouge cantonnés en Saxe dans des immeubles insalubres aux carreaux cassés et jamais remplacés que par des cartons,

 

 ces soldats justement qui faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour se marier avec une allemande afin de rester à l'ouest après 1989,

 

 ces fugitifs qui passèrent au risque de leur vie rideau de fer ou mur de Berlin,

 

 fugitifs qui jamais ne les franchissaient d'ouest en est,

 

 et ces révoltes ouvrières des années cinquante en Allemagne, en Pologne, en Hongrie, qu'il était de bon ton dans les milieux de gauche de qualifier de contre-révolutionnaires, que l'Humanité disait téléguidées par l'oncle Sam alors qu'il n'en était rien ? Ces révoltes écrasées par les chars soviétiques ? Dans les rues de Prague non plus en 1968 on n'a jamais dû lire « URSS go home ». Là-bas c'était impossible,

 

 et ces communistes français qui nous dressaient un tableau idyllique du socialisme, qui rendaient des visites de courtoisie à Ceaucescu, qui ne savaient pas, qui ne savaient rien, et qui un jour, quand tout le monde a su, ont jugé le bilan du socialisme à l'est globalement positif,

 

 et ces communistes qui prétendent aujourd'hui encore, vingt ans après la chute du mur de Berlin et l'ouverture des archives que là-bas des conquêtes sociales sont remises en cause, ceux-là de quel droit se permettent-ils de faire l'éloge de ce dont ils n'ont pas souffert ? Qu'ils relisent London, Plioutch, Soljenitsyne, Chalamov, qu'ils se demandent ce que sont devenus les Imre Nagy, les Dubcek, et tous ces militants sincères restés fidèles à leurs principes !

 

 Qu'on ne me réplique pas qu'à mon tour je n'ai pas d'yeux pour voir ici la misère, le chômage, la difficulté de vivre pour des millions de gens, la délinquance, l'incompétence des gouvernants. Mais je ne suis pas un communiste à l'envers. Je ne prétends pas que nous vivons au paradis, ni que le capitalisme est un objectif à poursuivre. Mais au moins, je me rends compte que je suis en liberté, que les auteurs des articles cités plus haut le sont aussi, que tout critiques qu'ils sont, ils ne seront ni rééduqués ni internés en hôpital psychiatrique, je constate aussi que cette candidate du NPA voilée s'exprime devant tous les micros et sous l'œil des caméras. Je vois aussi que les chars ne sortent pas des casernes pour écraser les manifestations des enseignants, des postiers et des travailleurs licenciés. Je constate que le pire des délinquants dispose d'un avocat pour sa défense, que des journaux à fort tirage publient des caricatures du plus haut magistrat de la république sans être poursuivis.

 

 Pour une extrême gauche en errance, faute d'avoir un idéal crédible et mobilisateur à proposer, l'occident capitaliste est la cause de tous les maux. Les islamistes proclament la même chose. Lisez les communiqués de Ben Laden. Terroriste certes, mais fin diplomate dans ses discours, il ne cesse de faire des appels du pied à la gauche et à l'extrême gauche occidentales : ses ennemis à lui sont ceux de nos gauchistes et altermondialistes : avant tout le grand Satan américain, l'impérialisme, le capitalisme, le libéralisme, mais surtout, mais il ne le dit pas, et c'est son objectif premier : la démocratie sous toutes ses formes, droits de l'homme, toutes les libertés, statut de la femme, éducation...

 

J'ai devant les yeux un ouvrage, ouvert aux pages 20-21, je lis : (2)

 

« Il est temps de prendre conscience que ce mode de croissance de l'Occident, qui nous conduit à des vies sans but et à la mort, tente de se justifier par un modèle de culture et d'idéologie qui porte en lui ces germes de mort (...) :

 

  • - une conception impitoyable des rapports humains, fondée sur un individualisme sans frein, et qui n'engendre que des sociétés de concurrence de marchés, d'affrontements, de violence, où quelques unités économiques ou politiques, aveugles et toutes puissantes, asservissent ou dévorent les plus faibles;

 

  • - une conception désespérante de l'avenir, ...sans rien qui transcende cet horizon pour donner un sens à nos vies et nous détourner des chemins de la mort.»

 

Pour Roger Garaudy, ancien membre du parti communiste français, la solution est dans l'Islam, qui

 

« n'est plus « l'Infidèle » du temps des croisades ou le terroriste de la guerre de libération de l'Algérie (...) »

 

mais plutôt

 

« cette vision de Dieu, du monde et de l'homme qui assigne aux sciences et aux arts, à chaque homme et à chaque société, le projet de construire un monde indivisiblement divin et humain comportant les deux dimensions majeures de la transcendance et de la communauté. »

 

« L'islam est INDIVISIBLEMENT une religion et une communauté. Une foi et un CODE DE VIE. »

 

 S'il reste encore en extrême gauche quelques militants sincères et soucieux de préserver laïcité, république et démocratie ici et de soutenir la lutte des populations sous tutelle religieuse là-bas, ils pourraient méditer ces propos d'un ancien maître à penser communiste pour qui toutes les religions sont un opium pour le peuple, sauf l'islam.

 

§

 

   

(1) Voir « Une pensée qui n'a de libre que le nom »

(2) Garaudy.- Promesses de l'islam, Seuil, 1981

 

Les mots ou expressions en majuscules, en caractère gras et soulignés le sont par moi.

 

 

24/07/2009

L'Extrême-gauche au banc d'essai

 

Armée rouge.jpg

Un soldat de l'Armée rouge vendait son uniforme et ses médailles. C'était en Allemagne en 1989. Il désirait se marier avec une allemande, c'était le seul moyen pour lui de rester à l'Ouest. Ils étaient des milliers dans son cas, des favorisés par rapport à leurs camarades restés au pays. Car ils étaient membres de l'armée d'occupation en RDA, donc déjà sur place. Novembre 89. Le mur tombait. L'URSS existait encore.

 

 

§

L’idéologie de l’extrême gauche est-elle encore crédible ? Points à examiner :

 

-         la dictature du prolétariat (en suspens, n’apparaît plus dans les programmes, mais…)

-         la question du parti

-         le problème de la propriété privée 

-         l’extrême gauche est-elle en décalage par rapport à la société contemporaine ?

-         l’extrême gauche au pouvoir ?

 

1/ La dictature du prolétariat. Sur le papier, La théorie de la lutte des classes est riche d’espoir :  à la fin des fins, c’est-à-dire après la Révolution Mondiale, quand les Comités ouvriers, soldats et paysans auront été élus et auront établi depuis les steppes sibériennes jusqu’aux confins des forêts tropicales une société communiste, oui, enfin, on assistera à la disparition des classes sociales et chacun disposera des ressources nécessaires à ses besoins.

 Ca, c’est l’aspect positif, enthousiasmant, de la théorie marxiste. C’est presque trop beau pour être vrai. Les livres ont la réponse : ce sera très dur, la classe des capitalistes défendra becs et ongles sa domination sur le monde. Nécessité donc d’une révolution, qui sera probablement une guerre civile, suivie, après la victoire du prolétariat, de la dictature de celui-ci, afin d’éviter les rebuffades de la bourgeoisie. Rebuffades pouvant aller jusqu’à la formation d’armées blanches sous l’égide d’un impérialisme toujours prêt à tuer dans l’œuf un soulèvement prolétarien dans quelque pays que ce soit. Bref, une dictature, MAIS ATTENTION : de gauche, c’est-à-dire douce, tolérante, acceptant et même suscitant le dialogue. Expériences intéressantes déjà vécues: Russie, Chine, Albanie, Cuba, Corée, Cambodge, démocraties populaires, pays frères africains.

 

2/ La question du parti. La construction d’un parti ouvrier : comment éviter le populisme ? Les milieux visés par l’extrême gauche colportent bien souvent les idées les plus réactionnaires, xénophobie, homophobie, racisme, antisémitisme, misogynie, dogmes religieux, superstitions… C’est peut-être le talon d’Achille de nos révolutionnaires : le décalage entre l’aspect libérateur de leur programme (à voir de plus près quand même, l’aspect…) et les sentiments primaires de la clientèle (on ne dit pas « clientèle » , on dit « les masses », ce n’est pas plus poétique, mais c’est le langage du socialisme scientifique). Voilà. D’où le silence de nos révolutionnaires sur ces sujets, silence allant parfois jusqu’à l'assentiment. Il faut dire qu’ils sont parfois placés dans des situations cocasses : des ouvriers blancs sont licenciés, on embauche à peu de frais des immigrants maliens. Pour le patron, c’est une aubaine. Pour le révolutionnaire, que faire ? (comme disait Lénine). Le parti avait trouvé la solution. Il avait –au bulldozer- dégagé les bidonvilles occupés par les Maliens. Mais c’était l’époque révisionniste. D’ailleurs cherchez « bulldozer » dans les écrits de Marx Engels Lénine Staline Mao Tsé Toung Marchais, vous ne le trouverez pas. Remarquez, vous ne trouverez pas Goulag non plus. Ca y est, j’ai perdu le fil. Oui, les sentiments primaires des « masses » (c’est plus fort que moi, je mets les guillemets, reliquat d’une vieille éducation bourgeoise réactionnaire) : il m’est arrivé de surprendre les ricanements de certains de nos intellectuels révolutionnaires quand les noms de personnalités connues pour leur homosexualité étaient évoqués. Ah ? Ah.

 

La classe ouvrière et son parti révolutionnaire : l’avant-garde est distincte de la classe. Le parti n’est pas la classe ouvrière. Sans le parti, la prise du pouvoir est impossible. Les dangers inhérents à cette situation sautent aux yeux. Les révolutionnaires s’en défendent, ils disent que l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Allez y comprendre quelque chose. Donc, l’avant-garde est distincte de la classe ouvrière. Cette histoire de distinction me chatouille quelque peu. Pas vous ? L’avant-garde d’une part, le peuple de l’autre. En termes clairs, les gens qui savent… et les autres. Ca nous promet bien des choses pour les lendemains de grands soirs.

 

Les mauvaises langues supputent que la nécessité d’UN parti révolutionnaire exclut la possibilité même du pluralisme. Ils disent :

 

« quand on voit la prolifération des groupes révolutionnaires, chacun se prétendant porteur de la sainte doctrine, et considérant les autres comme des révisionnistes, des renégats, des traîtres (le vocabulaire est riche, NDLR), on peut douter que la construction de ce fameux parti libérateur se fasse dans un climat propice à la réflexion, la libre discussion, la démocratie, la tolérance. Ce qui (aussi) peut augurer de lendemains révolutionnaires difficiles, l’histoire en montre les exemples. »

 

Et voilà, le mot est dit : le pluralisme. Ah il est beau le pluralisme dans nos démocraties occidentales. Ce qu’ils appellent « le monde libre ». N’importe qui peut faire n’importe quoi. Des dizaines de candidats à la présidence, des partis, des syndicats, des avocats, des chaînes de télévision, des associations à tire larigot, même les religions sont en surnombre. Allez vous y retrouver. Alors qu’un seul de chaque serait amplement suffisant. Je te foutrais tout ça dans des camps, moi !

 

3/ Le problème de la propriété privée : A partir de quel niveau de richesse est-on considéré comme un ennemi de classe ? Le marxisme est très clair : quand on possède les moyens de production. Mais alors, cette propriété de 100 hectares sur les hauteurs de Monaco, avec vue sur la mer et ce yacht de cinquante mètres survivront au Grand Soir ? Etonnant. Et moi, n’ai-je donc rien à craindre pour mon petit pavillon de banlieue (lointaine, prudence oblige), mes deux automobiles, ma collection d’appareils photo, même si je ne suis pas membre du parti, et si je continue de manifester ma liberté de pensée sur la voie publique ?

 

4/ L’extrême gauche est-elle en décalage par rapport à la société contemporaine ? Oui et non

 

Oui, parce que depuis un siècle les peuples ont été trop habitués aux libertés démocratiques pour se laisser entraîner dans des entreprises qui ont abouti aux catastrophes que l’on dit.

La classe ouvrière existe-t-elle encore ? Oui, mais ses conditions d’existence sont bien meilleures qu’au temps de Marx, Jaurès ou même de l’après-guerre. Le secteur industriel s’est réduit en Occident comme peau de chagrin au profit du tertiaire. Les fonctionnaires, employés et cadres occupent une place prépondérante dans la société. Ce sont des classes moyennes, attachées à leurs biens, et qui préfèrent s’en remettre à l’ordre existant, même si elles le critiquent- plutôt qu’à des bouleversements qui remettraient peut-être en cause ce qu’elles ont acquis. (Il y a souvent chez ces gens un écart important entre leurs idées parfois généreuses et leur position sociale confortable, l’angélisme est souvent le fait de personnes qui n’ont pas à souffrir de la délinquance : les anges sont loin du diable, les Ferrari rarement brûlées). Question : Dans ces conditions, QUI pour une révolution ? Et quelle clientèle pour l’extrême gauche ? Justement dans les banlieues, dans les populations issues de l’immigration, l’islamisme peut jouer un rôle, il n’est qu’à voir le silence adoptée par nos partis révolutionnaires vis-à-vis des principes (et des provocations) pourtant ultra-réactionnaires de cette religion. Le marxisme en prend un sacré coup sur la tête : pour ses pâles zélateurs, la religion n’est plus aujourd’hui l’opium du peuple… si elle est musulmane. 

 

Non, l’extrême gauche n’est pas en décalage par rapport à la société contemporaine parce que la condamnation radicale de la société capitaliste peut faire des émules en cas de crise. Le désespoir de personnes exclues du système, victimes du chômage, de la paupérisation, n’est pas propice à la réflexion. Peuvent s’y ajouter les groupes cités plus haut, dont une frange est fascinée par l’Islam. Les jugements à l’emporte pièce, les slogans hurlés et brandis sur calicots peuvent frapper les esprits fatigués. Au bout, il y a le risque de la violence et de nouvelles tragédies.

 

5/ L’extrême gauche au pouvoir ? Un exemple : ils disent qu’il faut interdire les licenciements. Mais alors il faudra soit : enregistrer les faillites, soit fermer les frontières pour éviter la fuite des entreprises. Nos Saint-Just répondent : non, car la révolution sera internationale. Nous vivrons alors l’époque de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques Mondiales. Comme beaucoup d’entre vous, je serai membre du Parti Communiste Révolutionnaire Altermondialiste International. La carte dans ma poche et n’ayant pas fait de hautes études, j’aurai quand même un emploi (l’ANPE n’existe qu’en régime capitaliste) : je garderai les personnes en cours de rééducation politique (nostalgiques de l’ancien régime, ennemis du peuple, communistes déviationnistes, écrivaillons du dimanche non membres de l’Union Socialiste des Ecrivains Prolétariens, agents de la CIA clandestine, asociaux divers dont l’existence est une erreur –car non envisagée dans la Théorie scientifique de la division de la société en classes : homosexuels, tziganes, juifs, personnes atteintes de troubles mentaux, anciens responsables de sites ou de blogs –un seul blog sera autorisé, mais sans commentaires, bon j’entends déjà des soupirs, mais le téléchargement des chœurs et chants révolutionnaires de l’Armée Rouge de Libération sera LIBRE et GRATUIT, tiens, on se calme…-, patrons expropriés bien sûr, le Centre Leclerc près de chez moi sera gouverné par le soviet des caissières libérées, car dans la société future, les clients des hypermarchés paieront d’eux-mêmes sans qu’on leur demande rien, les marchandises qu’ils auront librement choisies sans aucune pression publicitaire, d’ailleurs pour celles-ci, ce sera comme pour les partis, il n’y aura plus qu’une de chaque : une marque de produits frais légumes et fruits –par exemple le yaourt Besancenot,  la banane José Bové, la pâte à tartiner Laguillier-…) où en étais-je ?

 

 Oui, le camp de rééducation, bah, rien de spécial, la routine, vérification quotidienne de l’électrification des barbelés, rassemblements matinaux sur la place d’appel, lecture publique du dernier discours du Président du Conseil Suprême, et constitution des groupes de discussion, toutes les questions étant autorisées, oui vous avez bien lu : TOUTES. Car la voilà la vraie démocratie. Il ne revient pas au président de tout expliquer en long et en large. Il a autre chose à faire (sur le yacht présidentiel « L’Etoile Rouge » amarré à Mélenchon-sur-mer –anciennement Monaco). Ce n’est pas en écoutant une fois et distraitement Son discours qu’on pourra s’imprégner de sa richesse, découvrir avec ravissement les innombrables secrets semés pour les siècles des siècles dans les contours de sa dialectique, surtout quand on a passé sa vie à fréquenter des ennemis de classe. Donc, questions, discussions, explications, pédagogie. Quelquefois aussi, si le traitement le suggère, quelques injections, suivies de retraites en cellule d’isolement. Rien de bien méchant. Je rappelle à ceux qui joueraient les vierges effarouchées au seul mot de « camp », qu’il s’agira d’un camp socialiste, donc de gauche, progressiste, à visage humain. Je serai donc de garde ce jour-là. Mais je parle beaucoup de moi et j’ai honte car ces problèmes sont sérieux et concernent pas moins de quelques milliards d’hominiens. A ce propos, je ne dis plus hommes car on m’accuserait d’écarter les femmes, je ne dis plus humains un terme trop proche d’humanistes, ce qui exclurait trop de monde, j’évite homo sapiens sapiens trop connoté anthropologie, pompeux et long à écrire, et pour la répétition de sapiens, plus qu’une discussion, c’est une controverse, quand à homo, certains qui ne sont pas encore sapiens risquent d’en venir aux mains.

 

 

§

 

 

20/04/2009

L'éléphant et le moustique

 

 

 « Je comprends que l’éléphant s’irrite quand le moustique lui pique l’oreille mais je ne peux pas croire à la thèse selon laquelle Israël se sent menacée parce qu’en six mois, il est mort trois de leurs ressortissants sous les dizaines de fusées qui tombent tous les jours, semble-t-il dans le désert. »

 

(…) par contre, Gaza…

 

«… est un camp de concentration dans lequel les gens sont privés des moyens de se défendre »

 

La personne qui a prononcé ces paroles n’est ni un membre du Hamas, ni un obscur propagateur de l’islam, ni un manifestant d’extrême gauche pro-palestinien.

 

Les deux phrases que vous venez de lire ont été énoncées par le porte-parole de l’extrême droite française. C’était le 8 janvier 2009 à Nanterre à l’occasion de la présentation de ses vœux à la presse.

 

Quoi répondre ?

 

 Confronté à des propos qui, à défaut d’analyse politique, ne sont que l’expression de la haine de l’autre, on est tenté de se taire. Il ne faut pas.

 

 Ce monsieur nous dit qu’en six mois, seuls trois ressortissants israéliens sont morts, alors que les fusées tombent tous les jours.

 

  D’abord, ce sont trois victimes de trop, et probablement trois familles en deuil.

 

 Ce monsieur semble bien informé, il ne peut pas ignorer que les autorités israéliennes alertent les populations qui sont menacées par les roquettes, et font évacuer les lieux. De ce côté, on ne fait pas usage de « boucliers humains ». De ce côté, on n’exploite pas le malheur des gens à des fins médiatiques. A ce propos d’ailleurs, il y aurait beaucoup à dire sur la médiocrité pour ne pas dire la maladresse des services d’information israéliens… j’y reviendrai, car s’y ajoute le traitement pratiquement univoque des informateurs occidentaux tous d’accord sur un point : un éléphant est piqué par un moustique.

 

 L’exploitation du conflit du Proche-Orient afin d’entretenir et de développer l’antisémitisme devient dans notre pays un lieu commun. Lieu où se rencontrent curieusement –mais est-ce vraiment si curieux que cela ?- les extrêmes des deux bords.

 

 Les uns parce qu’ils transmettent la judéophobie par tradition, ce sont les professionnels : chrétiens traditionalistes, militants d’extrême droite, profanateurs de tombes, négationnistes et même néo-nazis.

 

 Les autres, sorte de bricoleurs pour lesquels la question juive ne s’intègre pas dans le dogme de la lutte des classes, et pour lesquels aussi l’état d’Israël est un vilain bras armé du méchant impérialisme américain.

 

 Voyons un peu :

Daté du 9 janvier 2009, sur le site de « La Commune » (obédience d’extrême gauche) :

cet Etat qui se maintient depuis plus de 60 ans par la terreur, les rafles, les massacres, les guerres successives. Aussi bien, le refus de la reconnaissance d’Israël ne procède pas d’une posture " radicale " mais de l’expérience tragique. A l’origine la création d’un Etat des juifs, était une utopie réactionnaire. Dans les faits, c’est devenu une machine d’oppression et de destruction barbare.

 

Daté du 17 janvier 2009, sur le site de Révolution socialiste (obédience d’extrême gauche) sous le titre À bas le sionisme et l’État colonial !:

« L’État fondé par les sionistes a transformé une petite minorité des Juifs du monde en oppresseurs de millions de Palestiniens. Cet État basé sur une religion est fauteur de guerres. Le Hamas accepte Israël dans les frontières de 1967 ; l’OLP a signé les accords d’Oslo. Mais la fin de l’oppression nationale dont sont victimes les Palestiniens passe par le démantèlement de l’État sioniste. »

Daté du 23 février 2008, sur le site Les Intransigeants (obédience d’extrême droite) sous le titre  Pour l’éradication du sionisme :

« De mon coté, très attaché au catholicisme et à la tradition, très intéressé par la politique et par l’actualité, je suis farouchement pro-palestinien (qui ne sont pas que musulmans, il y a aussi de nombreux chrétiens je le rappelle). Mais mon avis diverge des musulmans anti-sionistes en cela que les musulmans, qui reconnaissent le judaïsme comme « religion du livre », ont trop tendance à limiter le problème sioniste à une situation géographique. Comme si le problème de l’extrémisme juif, le sionisme, n’était qu’une question de territoire. Comme si le problème avait commencé seulement en 1948. 

Alors qu’Israël soit « rayé de la carte », pourquoi pas. »

Bref, nos extrêmes ont nettement pris parti pour le moustique, on a même l’impression qu’ils souhaitent que sa piqûre soit mortelle. J’ai trouvé pire (si c’était possible) sur un autre site : Combattre pour le socialisme…

Le combat du Comité pour la construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire (de l’Internationale Ouvrière Révolutionnaire) se situe inconditionnellement aux cotés des masses palestiniennes dans leur combat contre l’État d’Israël. Pour les masses palestiniennes, il n’est possible d’en finir avec l’exil et l’oppression, de récupérer leurs terres, qu’en combattant et détruisant l’État colonial. (…) Or la paix exige la destruction de l’État d’Israël en tant qu’État colonial, gendarme de l’impérialisme au Proche-Orient ( de même, celle des États artificiels du Liban et de Jordanie).

Passons sur le vocabulaire employé (les « masses palestiniennes ») peu respectueux pour ce peuple, et qui laisse supposer que tous les Palestiniens pensent la même chose et agissent dans le même sens… Remarquez, on ne peut pas taxer ces constructeurs d’un « parti révolutionnaire » d’antisémitisme primaire, puisque, outre Israël, ils envisagent carrément la destruction de trois états. Ben voyons, pendant qu’on y est… elle va être belle l’internationale qu’ils vont construire !

Quoi dire ? Avec ces gens aucune discussion n’est possible. Leurs analyses sont des slogans. Sur calicots, trois mots suffisent pour exciter les foules. Leurs déclarations sont de guerre. Le bien d’un côté, le mal de l’autre. Il est vrai que présentées ainsi les choses sont plus simples. Cela rappelle une très ancienne conception du monde que le dictionnaire(1) décrit très bien :

« le manichéisme admettait, conjointement avec des données chrétiennes issues du Nouveau Testament, l’existence simultanée d’un principe du bien et d’un principe du mal, et la double création émanée de chacun d’eux. Son influence semble avoir subsisté jusqu’en plein Moyen Âge, notamment dans la doctrine des bogomiles(2) et des albigeois. »

Quelque chose me dit que le manichéisme n’est pas mort avec les Albigeois.

Dans les rues de Paris ou d’ailleurs, cela fait froid dans le dos d’entendre ce cri de guerre :

«A bas Israël ! »

 

Le 03 janvier 2009 les parisiens ont pu l’entendre, ils ont vu aussi qu’on brandissait les drapeaux du Hamas et du Hezbollah, ce dernier arborant une arme automatique accompagnée d’un verset du Coran :

 

« Ceux qui suivent le parti de Dieu seront victorieux. »

 

 Ces bonimenteurs manifestent-ils vraiment dans le but exclusif de soutenir la lutte du peuple palestinien ?

 Comment des gens animés d’une telle haine vis-à-vis d’un peuple pourraient-ils être les amis d’un autre ?

 

§

 

 

(1) © Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2001

 

(2) Membre d’une secte néo-manichéenne apparue en Bulgarie au Xe s., dont la doctrine se répandit jusqu’au Languedoc au XIIe s. © Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2001

 

Ce qui est souligné dans les textes cités l'a été par nous.