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01/11/2014

Enfin une mesure sociale !

 

 

 On sait l'attachement des familles ouvrières, des pêcheurs, des petits agriculteurs et malheureusement -parce qu'elles existent aussi- des familles sans ressources pour la collection des oeuvres d'art. Quand on n'a pas le sou, n'est-ce pas une consolation de pouvoir contempler, accrochés dans son chez soi, quelques nymphéas de Monet, deux ou trois tournesols de Van Gogh, ici un croquis de Picasso, là un bronze de Giacometti ? Et bien les pauvres de chez nous pourront garder ces oeuvres chèrement acquises, car le gouvernement socialiste considère que ce ne sont pas là des richesses imposables. L'argumentation est simple: outre le souci des représentants du peuple de protéger les biens des déshérités, on craint en haut lieu une baisse d'activité des galeries d'art ainsi qu'une sortie du territoire des oeuvres faisant partie du patrimoine national. Pensez donc, ces salauds de pauvres seraient bien capables d'aller fourguer à l'étranger nos richesses culturelles pour échapper à l'ISF !

 

11:47 Publié dans étrange | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : oeuvres d'art, isf, impôt

29/04/2014

Mais enfin que voulez-vous ?

 

 

Le président s’était adressé à la personne assise au pied du mur. Pour comprendre comment on en était arrivé là, il faut reprendre au tout début par un discours qui ressemble à tous les autres. Que l’importance de la crise avait été sous-estimée, qu’il fallait réduire la dette sans diminuer l’efficacité déjà critique des services publics, que le chômage grâce à nos efforts constants était sur la voie de la stabilisation et plein d’autres choses encore que les français devaient connaître pour être rassurés et redonner à leur pays son lustre d’antan car ce n’est pas chez nous que les idées manquent encore moins les génies. Il fut question aussi de commémorations, de la condamnation des crimes et des guerres commis sur d’autres continents, de grands mots furent prononcés avec toute la gravité nécessaire. S’ensuivit un silence marqué de longues secondes. Le président évoqua le sort de ces gens qui dans la France du vingt-et-unième siècle, dans la France de la fusée Ariane, du TGV et de l’implantation d’un cœur artificiel, dans la France des droits de l’homme, de ces gens ici à quelques pas de vos caméras messieurs les journalistes, de ces gens qui en cet hiver de pluie et de grêle dorment dans la rue et quand je dis dorment, je ne le crois pas, je ne crois pas qu’ils dorment et vous le croyez vous ?

 

Personne ne répondait bien sûr car on n’était pas en conférence de presse, mais dans le palais et c’était seulement le discours du président, il y en a deux ou trois fois l’an à l’occasion d’un événement extraordinaire. Cette fois, d’extraordinaire, il y en avait un, c’était le même que l’année d’avant, et des années encore avant, le plus extraordinaire de tous car méchant et ravageur autant que permanent et rédhibitoire : la fuite des jeunes, des cerveaux, des capitaux et des usines. Habituellement, les présidents impuissants à juguler le désastre feignaient d’y apporter des solutions par quelques demi-mesures distillées ici ou là. Le nouveau pouvoir agissait de même, en y ajoutant toutefois ce petit plus, cette qualité essentielle mais trop souvent négligée par les hommes politiques: savoir parler d’autre chose, soulever des problèmes où il n’y en a pas. Mais comme la patience des peuples a des limites, et qu’ils aiment avant tout qu’on traite leurs problèmes, ce jour-là, l’homme de l’Elysée était bien ennuyé.

 

Et même coincé. Le piège.

 

Il aurait pu se désunir, comme ces patineuses qui ont chuté et qui doivent poursuivre leur programme en sachant que tout est foutu. Faisant preuve d’une grande maîtrise, il marqua un nouveau silence, et les français d’un bout à l’autre du pays jusqu’aux contrées les plus reculées furent comme pétrifiés. Les usines, celles qui avaient résisté à l’exil s’arrêtèrent, la fusée Ariane resta plantée sur son pas de tir, le TGV sans s’arrêter parce que c’est dangereux vu l’importance du trafic ralentit sensiblement. On dit, mais c’est une rumeur, que la queue d’une comète frôla le monde provoquant un doux frémissement de l’écorce terrestre, je n’en crois pas un mot, les observateurs du ciel nous auraient prévenus, et un vent de panique aurait parcouru tout ce que la terre compte d’humains. N’empêche, le président savait se taire quand il le fallait, ça lui donnait la stature d’un sage. Néanmoins il ne faut pas se taire trop longtemps car les gens se lassent. Ce qu’on leur pardonnera facilement car ils vivent à cent à l’heure dans une société où tout est mouvement, précipitation, bruit et fureur.

 

Et l’homme rompit le silence. Mesdames et messieurs, je vous le demande : Vous, le croyez-vous ? Et bien moi je ne le crois pas. Je ne crois pas qu’on dort sous la pluie et les grêlons, appuyé sur une descente de gouttière et mal protégé par des cartons. Non je ne le crois pas. Puis il remercia les personnes présentes et les millions de téléspectateurs pour leur attention et souhaita un long avenir au pays. Il regagna ses appartements. Quand les français furent endormis, une bonne partie d’entre eux pour le moins, l’homme quitta son palais et se dirigea en toute discrétion vers des quartiers où abondent les cinémas et les bars de nuit dont les trottoirs font le lit de ceux qui n’espèrent plus rien.

 

L’homme allait et venait. Quand la rue fut débarrassée des fêtards, il avisa une femme ma foi encore jeune affalée contre le mur d’un bar dont la lumière venait de s’éteindre. Des cartons épars l’entouraient, sa tête appuyée sur un linge pour la protéger de la froideur de la pierre, elle somnolait. Le président triturait un billet dans sa poche et dans l’autre des petites choses enveloppés de cellophane, certainement succulentes. Il hésitait. Respectueux d’une longue tradition qui veut que socialisme et charité ne font pas bon ménage, que la misère ne se règle pas à coups de billets de dix ou même de cent euros, même s’ils sont accompagnés de friandises, l’homme sortit vides les mains de ses poches. Il s’accroupit pour s’adresser à la personne qui n’avait pas bougé. Madame, désirez-vous quelque chose ? Elle ne répondait pas. Vous savez qu’il y a des foyers d’accueil, ce n’est pas bon pour vous de rester dehors, même s’il ne gèle pas, vous pourriez attraper quelque chose… Elle ne bougeait pas et ne levait pas le regard vers lui. Mais enfin madame, que voulez-vous ? Elle se redressa, le fixa du regard : La paix !

 

Au milieu du flot de paroles qui nous égarent un peu plus chaque jour, Diogène nous manque. Vous me direz, il y en a dans les rues. Peut-être, mais ils n’ont pas l’occasion de faire entendre leur vérité, la vérité. Ôte-toi de mon soleil disait-il au roi de Macédoine, c’est vrai, il l’a vraiment dit, c’est trop fort pour n'être qu'une légende.

Ces gens qui sont dans la lumière ne voient rien venir, en plus ils font de l’ombre et nous plongent dans l’obscurité.

 

 

§

 

06/06/2013

Où sont donc passés les défenseurs de la langue française ?

 

 Mon fils me rappelle à l’ordre. Je m’endormais. Il faudra que les jeunes se rendent à l’évidence : l’âge pèse sur le corps. Mais le pire ce sont les neurones, tout là-haut : ils ont une fâcheuse tendance à se faire rares. Dès qu’on a une idée à faire partager, il faut sauter sur le calepin ou le papier qu’on n’a pas sous la main, pas de crayon non plus, ou alors on est au volant, ou les deux mains prises par les sacs des courses, ou dans une file d’attente, ou chez le dentiste à la roulette, bref il y a des situations où le vieillissement de la mémoire vous ferait vous taper la tête contre les murs, mais il ne faut pas, ce serait pire. 

 Bon, où en étais-je…je parlais de mon fils…oui, il remarquait l’apparition du mot « bombasse » dans le dictionnaire. Peu de réactions dans le camp féminin, aucune dans le public lettré de notre pays. Par contre, levée de boucliers quand il est question d’enseigner en anglais dans les universités. La belle langue française est sacrée mais pas dans tous les cas. On peut faire dix fautes par ligne, ne pas savoir conjuguer un verbe et donner par écrit son avis sur tout et n’importe quoi. On peut enseigner le breton à l’ouest, le basque en Aquitaine et le corse dans les îles, cela ne choque personne. D’autant plus que ces langues sont des armes décisives dans la lutte que nous menons contre le chômage des jeunes. Elles leur seront bien utiles pour rendre à la France la place qui est la sienne sur le plan du commerce international. Le jeune  diplômé sachant parler et surtout écrire le breton le basque ou le corse –éventuellement le picard ou le berrichon ancien- se sentira parfaitement à l’aise sur la place Tienanmen de Pékin, d’autant plus à l’aise que les autorités toujours sourcilleuses ne craindront pas la subversion s’il s’aventure à parler en public. 

 Bien inutiles par contre sont les langues anciennes, et je me limiterai au grec et au latin, mettant de côté le linéaire B. Langues dont les insuffisances du vocabulaire rendraient improbable la vente de dentifrice, d’ipades, de crème à bronzer (et pourtant le soleil de Crète…), d’automobiles bourrées d’électronique, bref, sans faire le procès des Socrate, Héraclite d’Ephèse, Epicure et Lucrèce, ces gens étaient sans doute admirables mais savaient peu de chose. Socrate lui-même le reconnaissait qui avouait : la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien. On en sait dix fois plus aujourd’hui, même en n’allant pas assidûment à l’école. Et oui, le temps passe. Le grec et le latin ne font pas vendre, et n’alimentent pas les conversations. Leur seule utilité, outre la lecture des auteurs anciens, c’est de mieux comprendre, parler et écrire la langue française. Par exemple « bombasse » vient du latin « bombus » qui signifiait : bourdonnement, bruit sourd. D’où l’idée est venue de nommer ainsi un projectile bruyant, auquel la forme arrondie (boulet, ogive) est attachée. La bombe volcanique est renflée en son milieu, la bombe glacée est de forme conique, en pyramide, le petit Robert évoque même le vase sphérique en verre. De fil en aiguille, en ne retenant que la forme, on en vient à la femme, avec ce petit plus dans la terminaison qu’on retrouve dans « pétasse », « connasse », une délicatesse qui, outre les auteurs de la dernière édition du dictionnaire, doit réjouir ceux qui méprisent la moitié de l’humanité. 

 

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