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24/02/2012

C'est la faute à qui ?

 

 Ce vieux slogan de mai 68 « Il est interdit d’interdire » a fait des ravages dans les familles et dans la société tout entière. Animé de bons sentiments, on est toujours tenté par ces belles idées que sont la liberté, la tolérance et on a raison. Malheureusement bien souvent dans la réalité ces belles idées deviennent licence et permissivité. Les parents savent bien que les enfants ont besoin d’une autorité. Sans le dire les enfants la réclament. Le pire serait de leur laisser croire que la vie suivra son cours sans obstacles. 

 Je crois que ces considérations valent pour les adultes. Si nous étions des anges, les lois seraient inutiles, car nous ferions passer le bien commun avant nos intérêts. Seulement voilà, nous ne sommes pas des anges. Et pour éviter que nous soyons des bêtes, des lois se sont imposées, définissant les contours d’une démocratie, un idéal pour l’humanité, un idéal. Car cette belle idée implique un combat de tous les jours, des sanctions aussi, non seulement contre ceux qui ne respectent pas la loi, mais aussi pour se garantir des appétits individuels, des tendances de chacun d’entre nous à s’accorder la meilleure part du gâteau, tendances bien compréhensibles, mais qui –étendues à la société toute entière- représentent pour elle un danger. L’idéal démocratique est à cent lieues de la permissivité et du laisser-faire qui conduisent au désordre, au chaos. Ce sont là des situations propices aux dictatures. Et là, les sanctions frappent les innocents. 

 Un des fléaux qui menacent nos sociétés est cette tendance à déresponsabiliser l’individu. Les responsables ne sont plus les hommes en chair et en os, mais l’histoire, la psychologie, la misère, les quartiers défavorisés, l’illettrisme, l’immigration, la pluie, le verglas, l’alcool, le tabac, les pulsions, le père, le ça, le sexe, l’argent, le capitalisme, la première femme, l’esprit du mal, le diable…Chercher par tous les bouts une justification au délit a deux conséquences. D’abord on encourage le crime, car les délinquants savent que leurs avocats auront du grain à moudre. Ensuite, on pénalise les victimes, en prenant cet air désolé qui veut dire : on n’y peut rien, c’est la société qui est responsable. On s’en prend alors à ses représentants, à commencer par les forces de l’ordre. Un « jeune homme de 25 ans » est interpellé, et meurt en garde à vue. Les premiers soupçons se portent sur la police. L’armée des associations, médias, commentateurs, angelots et bourgeois parisiens montent au créneau. Le tohu-bohu dure plusieurs jours, avec défilés dans les quartiers devant les caméras de télé : bavure de la police.

  On apprend quelques jours plus tard que la personne décédée était un délinquant, qu’il souffrait d’une maladie cardiaque et n’était pas soigné. De ce jour, sur les ondes plus un mot.

 S’il est interdit d’interdire, tous les délits sont permis. Oui, j’exagère. Disons : tous les petits délits. D’ailleurs ce ne sont plus des délits mais des incivilités. Un mot à la mode, un euphémisme parmi d’autres, une feuille de vigne pour cacher la misère. La vraie. Celle des gens qui essuient des crachats, qui ne montent au logement qu’en baissant les yeux et en s’excusant, ceux qui se lèvent tôt quand ils ont du travail, ceux qui n’ont plus de bus faute de chauffeurs audacieux, bref les gens qui ne sont pas comme moi. Moi qui habite un pavillon tranquille à cent lieues du front, et les nouvelles qui nous en parviennent sont annoncées par des gens qui habitent un pavillon tranquille à cent lieues du front. Ces nouvelles ? Un professeur a été un peu poignardé par un élève, mais il est hors de danger, une marche silencieuse contre la violence est organisée ce matin dans ce quartier habituellement pourtant néanmoins toujours très calme. On passe au sport. 

 Ce qui est à craindre, c’est qu’un jour l’ordre soit rétabli par des hors-la-loi, des gens à qui l’on n’a rien interdit, et qui en toute liberté supprimeront celle des autres. On l’a vu dans le passé.

  

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07/02/2012

Toute vérité est-elle bonne à dire ?

 

 

 Bien sûr que non, sinon de civilisation il n’y en aurait plus. La société serait invivable. Il faudrait avouer à quelqu’un qu’il est gros, à un autre qu’il est sot. Même avec mon chien j’aurais un problème de conscience si j’apprends qu’il souffre d’une maladie mortelle. Hypocritement, je garderais ça pour moi, et je le cajolerais plus que d’habitude.

 Il y a toutefois des exceptions. J’en connais à qui je dirais avec plaisir les quatre vérités. Menteur ! Même ça je ne l’ose pas. 

 Non mais sans rire, imaginez-vous un président qui dirait la vérité à ses concitoyens ? Voilà, mes chers compatriotes, les années qui viennent seront –pour vous- effroyables. Le chômage va grimper de façon vertigineuse, le pouvoir d’achat n’en parlons pas, vous allez devoir vous serrer la ceinture, abréger vos vacances, limiter vos loisirs, la moitié des centres hospitaliers vont fermer, sur les terrains de foot avec l’argent public on va construire des mosquées, quand à Noah il va sortir un nouveau disque… Bref, il faudrait prévoir des élections anticipées afin qu’au plus vite un candidat menteur se présente aux électeurs.  

 Je dis menteur, j’exagère. Disons une personne douée pour l’enrobage, qui ne prononcerait plus jamais le mot chômeur dans ses discours, mais « citoyen diplômé en recherche d’emploi », qui au lieu de délinquant susurrerait « gamin en mal-être issu des quartiers défavorisés », qui ne parlerait plus de guerre mais « d’assistance aux forces de paix », qui au lieu de dire que des personnes ont été massacrées pour leur fidélité à des religions minoritaires, évoquerait de « douloureux et déplorables conflits interreligieux ». Qui nous dirait que Noah continuerait de chanter, mais en privé, la sortie d’un nouveau disque restant très improbable. Un candidat qui promettrait de prendre aux riches pour donner aux pauvres. Un candidat qui promettrait de tenir ses promesses. Le voilà l’heureux élu, c’est sûr. 

 Récemment, un ministre a dit que toutes les civilisations ne se valent pas. Grave erreur. Il ne faut pas dire ça, surtout quand on est ministre, et même si on le pense. La politique est un métier extrêmement difficile, et plus qu’avant. On doit cela à l’omnipotence des médias. Vous parlez d’un sujet délicat pendant un quart d’heure, ils vous sortent la phrase qui tue, hors contexte. En fait, ils ont le pouvoir, et inévitablement l’opposition en profite. Et le pire, c’est que dans l’opposition aussi on le pense. Vous n’allez pas me dire qu’un pays où l’armée tire au mortier sur des quartiers populaires faisant des centaines de morts est à mettre –au niveau des us et coutumes- sur le même plan qu’un état où le maire d’une ville qui administre une gifle à un délinquant récidiviste qui l’a insulté et menacé de mort doit se présenter devant la justice. Nous sommes loin d’un simple décalage entre des systèmes politiques différents, il ne s’agit plus de controverse entre la gauche et la droite, mais de simple bon sens. Imaginez-vous en France des bandes armées de machettes venir égorger des enfants dans les villages et violer les femmes ? Bien sûr que non, et le plus nunuche des alter mondialistes n’oserait l’imaginer. 

 Oui mais voilà, il faut faire semblant. Nos bourgeois à la rose parvenus au pouvoir feront ce que la droite y fait, c’est-à-dire pas grand-chose, avec un petit plus toutefois : ils excellent dans l’enrobage et le faux semblant. Ils restent sur le registre tout le monde est gentil (sauf leurs adversaires politiques), tout va bien se passer, on va s’aimer. Une idéologie qui n’a rien à voir avec le socialisme dont ils croient être issus, mais plutôt avec la culture du péché originel, réactualisé. Colonisateurs jadis, on a tout faux, on doit maintenant payer la note, brader république, nation, démocratie, laïcité, libertés publiques à des gens qui, parce qu’ils viennent d’ailleurs ont tout vrai, même s’ils colportent des idées et des mœurs incompatibles avec les principes conquis de haute lutte dans les pays d’accueil.  

 C’est aussi le rôle des grandes écoles d’enseigner l’art du discours. Il faut dire qu’on aime ça. Les analyses à n’en plus finir, les chiffres à qui on fait dire tout et son contraire, les mots difficiles enveloppés de mystère, les phrases alambiquées et incompréhensibles dictées sur un ton grave et définitif, tout cela nous occupe et nous impressionne, beaucoup plus que le frangin qui nous sort « ben voilà, le boss s’est cassé dans la nuit avec les machines, j’suis au chomdu !». 

 D’ailleurs moi-même, qui vous parle avec tant d’assurance, cher lecteur, si vous saviez tout ce que je vous cache !  

§

 

 

23/01/2012

Après la mort de quatre de nos compatriotes...

 

 

…soldats de l’armée française en Afghanistan, partis et personnalités politiques s’accordent pour faire part de leur émotion, certains adressent leurs condoléances aux familles des victimes.  

 Mais quoi faire maintenant ? J’ai relevé les réactions de ceux qui tiennent le haut du pavé dans les médias, à l’exception de celles des porte-parole du gouvernement qui sont répétées dans tous les journaux : possible retrait anticipé, suspension des activités de formation de l’armée afghane, exigences formulées auprès des autorités pour assurer la sécurité des soldats engagés dans cette mission. Le point de vue officiel du pouvoir est pour le reste assez proche du commentaire du Figaro que je cite. 

§ 

 

Parti communiste français, Paris le 20 janvier 2012 :

« Il aura donc fallu 82 morts dans cette guerre sans issue, ce fiasco militaire et politique pour que les autorités françaises posent la question d’un retour anticipé des troupes françaises. Le parti communiste exige que la France retire immédiatement et de façon accélérée ses propres troupes et agisse pour le retrait de l’ensemble des forces de l’OTAN. » 

Communiqué de Jean-Luc Mélenchon :

« Ce drame souligne plus que jamais l’absurdité de la situation. La France n’a rien à faire dans cette guerre américaine. Nos soldats doivent quitter immédiatement l’Afghanistan. Les gesticulations de Nicolas Sarkozy… » 

Marine Le Pen :

« Nous avons toujours été contre cette guerre en Afghanistan et nous avons à chaque fois déploré que des vies soient perdues dans la défense d’intérêts qui n’étaient pas les nôtres (…). La classe politique tout entière a voté pour l’envoi et le maintien des troupes… »

Marine Le Pen  estime « qu’il faut partir le plus rapidement possible. » 

Communiqué du NPA :

« Cette guerre a fait des milliers de morts parmi les civils afghans soit à l’occasion d’opérations militaires ou des bombardements des armées de l’OTAN. Les estimations du nombre de civils tués depuis dix ans varient entre 8000 et 17000. L’armée française a, en tout cas, participé à de nombreux massacres. Le NPA, qui était opposé à cette intervention militaire, exige le retrait immédiat des troupes françaises. » 

Lutte ouvrière, 20 janvier :

« Quel cynisme ! L’armée française, au côté de l’armée américaine, participe depuis onze ans à une sale guerre dont le seul objectif est la défense des intérêts de l’impérialisme. Ces grandes puissances s’apprêtent aujourd’hui à quitter ce pays –le départ des soldats français est d’ores et déjà programmé pour 2014 –après l’avoir dévasté en déversant leurs bombes et avoir causé la mort de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

 Alors les soldats français doivent quitter l’Afghanistan tout de suite ! Et cela n’effacera pas –hélas !- tous les crimes commis là-bas par l’impérialisme français. »

 

 Uniformité des réactions chez les extrêmes : sale guerre, sans issue, absurde, intérêts qui ne sont pas les nôtres, dévastation sous les bombes, OTAN et armée française coupables de massacres, milliers de morts, crimes de l’impérialisme. D’une seule voix, de Marine Le Pen à Lutte ouvrière, on réclame, on exige : le retrait immédiat des troupes. Point commun entre ces cinq commentaires : le terrorisme et les talibans ne sont pas évoqués.  

 Dans certains des commentaires suivants non plus, mais… 

…François Hollande :

« Je salue l’engagement et le dévouement, parfois poussés jusqu’au sacrifice ultime, de nos forces armées qui doivent être assurées de notre soutien. 

Je renouvelle ma volonté de retirer nos forces d’Afghanistan, le plus rapidement possible, au plus tard à la fin de l’année 2012, en concertation avec nos alliés. »

Le 22 janvier, François Hollande déclare que « il est temps de se désengager. » 

Eva Joly :

 « Je souhaite que l’ensemble de notre contingent militaire regagne la France le plus rapidement possible. Mais ce retrait ne doit pas se faire dans n’importe quelles conditions, et pour tenter de restaurer la stabilité dans l’ensemble de la région, je propose que la France, dès 2012, organise, avec ses partenaires européens, dans le cadre des Nations Unies, une grande conférence internationale sur l’avenir de l’Afghanistan, avec l’ensemble des pays voisins et partenaires. » 

Le Figaro :

« …l’armée et la police afghanes seront-elles capables de combattre l’insurrection après le départ des forces de l’OTAN ? (…) l’annonce d’un possible départ précipité des forces françaises pourrait accélérer les attaques des talibans, qui attendent que le sol afghan soit « libéré » des forces étrangères pour reprendre le pouvoir, au lieu de les freiner. »

 

 Les points de vue sont plus réfléchis. Ce sont des explications. Il n’est plus question de crimes ni d’impérialisme. Hollande parle même de dévouement, de sacrifice. On soutient les forces armées. Pour le retrait, on a le souci de s’accorder avec l’ensemble des alliés engagés. On est, avec Eva Joly sur le registre du souhait, retrait souhaité, dans le respect des partenariats, au niveau mondial. Le Figaro s’interroge même sur les conséquences dangereuses d’un retrait précipité. On notera que ce dernier commentaire est le seul à évoquer les attaques des talibans.

 

Marielle de Sarnez, invitée d’Itélé :

« Il y a dix ans, la France est allée s’engager en Afghanistan. Je pense que nous avons eu raison d’y aller. Il s’agit d’un des sujets les plus lourds de la sécurité dans le monde. Il y a un désengagement d’ores et déjà programmé (…) Lier un retrait anticipé à la survenue de quelque chose d’abominable est une interrogation. Je ne veux pas donner raison à ceux qui tuent. »

« Ce ne sont pas des décisions faciles à prendre. »

« La seule question que l’on doit se poser sur le fond est : « est-ce que notre présence là-bas est utile ? » Ce qu’a fixé Barak Obama comme cap de désengagement est une bonne chose. Il faut suivre un calendrier stratégique. » 

 On rappelle ici les origines de la guerre : la sécurité dans le monde, sous-entendu, l’Afghanistan, foyer du terrorisme islamiste. Les mots sont pesés, on croirait entendre la représentante d’un pouvoir en place. On s’interroge après ce nouveau drame, mais avec le souci, face à ceux qui tuent, de ne pas baisser la garde. C’est dit. Clairement. On reste donc dans le cadre de ce qui était convenu avec les alliés. On est loin, très loin des termes xénophobes de lutte ouvrière et Mélenchon (guerre américaine).

 

 Et puisque personne n’évoque la vie en Afghanistan, les changements dans la société…

…cet interview de Shukria Barakzaï, députée afghane et ancienne journaliste (La Croix le 13 janvier 2012) :

« Nous avons été laissées de côté pendant deux décennies (…) Nous étions même punies officiellement, publiquement, socialement, du simple fait d’être des femmes. La violence contre le genre féminin faisait partie de notre culture politique (…)

 La fin du régime taliban a donné aux femmes l’opportunité de montrer de quoi elles sont capables. Elles ont réintégré la vie sociale. Elles vont à l’école, siègent dans les ministères, à l’Assemblée (…)

 C’est vrai que beaucoup d’hommes politiques nous considèrent comme des pots de fleurs au milieu du décor. Il y a d’ailleurs toujours une femme au premier rang quand le président fait un discours public. Pourtant la réalité est bien différente : la population a une autre perception de ses élues.

 Il existe par exemple des districts qui sont seulement représentés par des femmes. Des gens votent pour elles, ce qui est un changement considérable. Le mouvement féministe progresse dans les consciences. La notion d’égalité gagne du terrain.(…) »

 

§ 

 

 Que les proches des victimes de ce crime sachent : ayant des enfants de cet âge, depuis ce jour je n’ai de cesse de penser à eux,  je comprends leur douleur.