14/10/2026
Nos lointains ancêtres ont-ils vécu un jour dans des rapports d’égalité ?
Le 10 octobre 2026 on pouvait lire dans « Informations ouvrières » :
« D’ailleurs, l’État en tant que tel n’a pas toujours existé dans l’histoire de l’humanité. Je n’ai pas le temps de développer mais Engels, dans son livre L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, explique que dans les sociétés archaïques, où règne ce qu’on appelle le « communisme primitif », il n’y avait pas d’État, au sens d’appareil d’État coercitif distinct de l’ensemble de la société : on n’y produit que ce qui est nécessaire à la survie de la tribu ou du clan. Chaque individu vit dans des rapports d’égalité au sein de la tribu. » (souligné par moi)
1/ Engels a-t-il la moindre preuve de l’existence d’un « communisme primitif » dans les sociétés archaïques ?
2/ Sur « les rapports d’égalité au sein de la tribu » : Des centaines de milliers d’années après la constitution des premières sociétés humaines, sans disposer du moindre témoignage écrit, dessiné, sculpté ou peint, comment un homme raisonnable peut-il dire que la tribu vivait dans des rapports d’égalité ? Quand on sait qu’aujourd’hui, après plusieurs révolutions et déclarations des droits humains, les pays les plus démocratiques ne sont pas venus à bout de l’exploitation de l’homme par l’homme, et de la domination des hommes sur les femmes ?
3/ Si les explications de Engels sont inspirées par le mode de vie de certaines sociétés présentes actuellement sur notre planète, sociétés que certains qualifient de « primitives », quelles preuves a-t-il qu’elles sont comparables à celles de la préhistoire ?
4/ D’une dent trouvée dans une couche géologique déterminée, par comparaison avec d’autres, les paléontologues peuvent émettre l’hypothèse qu’à une certaine époque nos ancêtres mangeaient la viande crue, cuite, ou pas de viande du tout. Mais imaginons qu’ils découvrent un squelette entier, pourront-ils en déduire la nature des rapports entre un humain et ses contemporains ?
N’y a-t-il pas dans les affirmations d’Engels la volonté de suggérer qu’aujourd’hui comme hier une société communiste est possible ? Bref, contrairement à la science qui n’affirme rien tant que l’hypothèse n’est pas confirmée par des observations, des indices ou des preuves, le dogme va d’emblée à l’essentiel : il affirme, donc c’est vrai. On pourrait en dire autant des doctrines religieuses : c’est écrit dans le Livre, donc c’est vrai…
Et si c’est vrai, attention à ceux qui doutent ! Les inquisitions et les polices de la pensée veillent au grain : on peut glisser du dogme à l’affirmation, de l’affirmation à la loi, de la loi à l’obéissance, de la désobéissance à la rééducation, à l’hôpital psychiatrique, à l’enfermement, enfin à la déportation et au meurtre.
Que le communisme a existé, et qu’il existe encore, personne ne peut le nier. Mais loin des sociétés préhistoriques, c’est au 20° siècle et encore aujourd’hui que, loin d’instaurer « des rapports d’égalité au sein de la tribu », les états communistes sont des dictatures dont les hommes n’ont pu se débarrasser qu’après 70 ans d’oppression.
Je renvoie à ces quelques lignes du « Voyage de Jana » :
« A l’opposé du régime hitlérien qui n’avait comme perspective que le culte d’une race et la persécution des autres, le communisme se prononçait pour l’émancipation de tous. Quelle beauté ! Quel mensonge ! (…)
Pauvres de nous ! Nous voyions tout à l’envers. Car ce monde n’était que le fruit de notre imagination, comme l’image inversée d’un paysage, projetée au fond d’une caverne par un trou minuscule ! Le monde à l’endroit, le vrai, celui du communisme en construction, seul le parti pouvait le voir, car ses yeux comme ceux d’Argos étaient innombrables et étaient dotés de ce pouvoir extraordinaire de ne voir dans la réalité que ce qui était prévu dans les livres fondateurs. »
§
12:11 Publié dans libre pensée | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : préhistoire, communisme, dogme, science
06/10/2026
Des tribuns minuscules qui jouent aux révolutionnaires
En 1968 personne n’a risqué sa vie, en France. Révolte enthousiaste, passionnante, intelligente, imaginative, créatrice. Mais au risque d’attirer des critiques, je dirai révolte de riches. Quant à six heures du matin nous allions diffuser des tracts appelant à la grève à la porte des usines, certains d’entre nous n’avaient-ils pas au fond d’eux-mêmes mauvaise conscience de lancer des appels à des gens qui « embauchaient » pour nourrir une famille ? Le fossé entre le monde étudiant et celui de la classe ouvrière ne s’est pas comblé même si pendant un mois et demi un ennemi commun fut désigné. Ce qui ne retire rien à la spontanéité des étudiants et à la volonté d’une partie de la jeunesse de changer la vie. Nous assistâmes à un déferlement d’intelligence tel, que je me demande comment, cinquante ans après avoir adressé à la face du monde et à De Gaulle le slogan provocateur et malicieux que nous étions tous des juifs allemands, comment on a pu tomber si bas, laissant se développer le racisme, l’antisémitisme, le port du voile pour les femmes, la négation ou le doute sur la Shoah, le refus de l’enseignement de la théorie de l’évolution, les prières de rues… Tout ça pour ça !
Ces gens qui ont aujourd’hui soixante-dix ans et plus couraient, fuyant l’ancien monde, celui de l’exploitation de l’homme par l’homme, de la femme par l’homme, ils avaient su (et comment !) remettre le dogme religieux à sa place, celle de l’ignorance et de la bêtise. Ils avaient brisé les préjugés, le chauvinisme et son frère le nationalisme, ils avaient montré que l’origine de la violence et des guerres n’était à rechercher ni chez « l’ennemi » ni dans la psychologie humaine mais chez les marchands de canon. Ils ont commis aussi des erreurs que je dénonce régulièrement ici. Qui n’en commet pas, emporté par l’élan révolutionnaire ?
A côté et parfois très loin du fatras idéologique, il y avait les travailleurs. Qui n’étaient pas tout à fait ceux dont on parlait dans les livres, qui nous écoutaient gentiment dans les réunions de famille ou plus rarement dans les meetings, et dont l’esprit était ailleurs. Ils pensaient que le capitalisme avait ses avantages. A l’opposé, nous avons aujourd’hui des tribuns d’occasion qui jouent aux révolutionnaires et partagent une vision du monde assez proche de celle des staliniens des années cinquante, sombrant dans l’antiaméricanisme primaire, l’antisionisme, et font des ronds de jambes à tous ceux qui, islam en tête, dirigent leur critique et leurs armes contre les démocraties occidentales.
Si je rends hommage à ceux qui en 68 ont osé, si je relève régulièrement les conséquences désastreuses de certaines idées développées alors : critique de toute autorité, libération totale des mœurs, interdiction de tout interdit, je n’approuve pas pour autant celles et ceux qui faisaient le dos rond, passant tranquillement leurs examens, pensant avant tout à leur carrière, et surtout qui se permettraient de dire, cinquante ans après, qu’ils avaient eu raison de se taire.
Pour que le pire survienne, il suffit que les gens de bien se taisent. La mauvaise conscience ne torture que les personnes qui ouvrent les yeux. Si vous voulez dormir tranquille, fermez-les et plus tard quand le pire surviendra, vous direz que vous n’avez rien vu.
§
11:50 Publié dans L'école, libre pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mai et juin 1968, révolte étudiante, tribuns, démagogie
14/09/2026
Il se rendait à son travail…
…il est assassiné sur un pont, pour rien… un téléphone portable, un sac. Pourquoi personne n’en parle ?
Elle est agressée sur un quai de gare. Pendant quelques heures son pronostic vital est engagé. Pourquoi ? Parce qu’elle est une femme ? Pourquoi ce silence ?
Le point commun entre ces deux événements : les auteurs des faits sont des individus qui n’auraient pas dû être sur notre sol, des étrangers tenus de quitter le territoire français. Voilà la seule explication possible de ce silence médiatique. Dans notre société les vraies victimes sont -finalement- les agresseurs… à une condition cependant : qu’ils viennent d’ailleurs !
Si les médias se taisent, qu’en est-il de la justice ? On est souvent choqués d’apprendre que les actes les plus délictueux sont faiblement condamnés, et que s’ils le sont, les peines prononcées ne sont pas appliquées. Certes il manque des places de prison, certes les moyens de l’état sont limités, certes les juges et l’administration judiciaire sont débordés. Il y a plus grave encore, on ne juge plus les hommes pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils sont.
La responsabilité de chacun s’efface et laisse place à une montagne de circonstances atténuantes. On excuse le crime, on oublie la victime.
« Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » disait Jésus. (1)
Une opinion compatible avec ce qu’écrivait Marx : « Ce n’est pas la conscience qui détermine notre être, mais l’être social qui détermine la conscience ». (2)
Il ajoutait que les hommes faisaient leur propre histoire, mais dans des conditions non déterminées par eux-mêmes, ce qui revient à nier toute idée de liberté. Les hommes n’étant que les membres d’un « troupeau », d’une « classe sociale », ou selon certains aujourd’hui, d’une « ethnie », d’une catégorie… d’un « peuple colonisé » ou pire : d’un peuple qui a été colonisé… Leurs actions seraient déterminées exclusivement par cette appartenance.
La personne s’efface et disparaît derrière le groupe. Ce n’est pas l’individu qui pense, pas lui qui délibère. On est individu par intérim, réduit à un espace où circulent non plus des idées, mais les revendications et les colères d’une troupe, porte-parole parfois de millions de gens présentés comme des victimes. Un enfant non encore né sera considéré plus tard comme le descendant d’un peuple colonisé donc victime, ou par malchance, d’un peuple colonisateur, donc coupable.
Les individus qui viennent ici parce qu’ils fuient la guerre, la dictature et la misère sont, autant que nous, des êtres disposant des facultés humaines. Ils doivent donc être jugés responsables de leurs actes.
La négation de toute responsabilité est une insulte à la personne humaine.
- Luc 23 : 34
- Préface de la Contribution à la critique de l’économie politique
(selon quelques idées déjà évoquées dans « Le voyage de Jana »)
§
19:55 Publié dans libre pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : crime, responsabilité, justice

