17/01/2026
Clovis ou Robespierre ?
Quand j’avais vingt ans, j’aurais répondu sans hésiter. Car à cet âge, j’avais tellement soif de justice que la monarchie pour moi était une horreur, surtout de droit divin. Mais… je ne savais pas tout. Et quand je savais, pour conforter mes convictions, j’agissais comme le font beaucoup de mes contemporains : je fermais les yeux.
Ne pas voir soulage. La foi aveugle. L’étudiant que j’étais attendait avec tant d’impatience les jours meilleurs, que s’il avait fallu mentir ou masquer la réalité, j’aurais menti, j’aurais nié même l’évidence. Ce qu’ont fait et font encore des millions de militants de par le monde. Moi qui étais admirateur de Trotski, j’ai approuvé, devant des étudiants que j’aurais voulu convaincre, ce qui fut un premier signe de l’échec futur de l’instauration du socialisme en Russie : l’écrasement par les bolchéviks du soviet de Cronstadt.
Aujourd’hui, les laudateurs de la Révolution française oublient ces juridictions d’exception qui en 1794 ont entraîné des dizaines de milliers d’exécutions, sans épargner les révolutionnaires eux-mêmes. Ils taisent aussi (autant qu’ils le peuvent) les nombreuses victimes des guerres de Vendée. Faut-il alors approuver ou condamner la Révolution française ? Ni l’un ni l’autre. Mais il faut tout dire. Le meilleur comme le pire.
Pour ma part, avec l’âge, j’ai moins d’admiration pour Robespierre que pour Montesquieu. Car le philosophe, sans condamner ni exécuter personne, nous a légué les principes de la démocratie sur un plateau : constitution, séparation des pouvoirs, tolérance.
La foi fait donc perdre la mémoire. Pour apaiser l’esprit, il faudrait tout oublier, même les crimes. Oublier aussi que ceux-ci ont été commis pendant que des idéologues sans scrupules se taisaient. Ils se sont tus quand des personnes courageuses ont révélé les crimes du communisme en URSS, en Chine, au Cambodge. Je pense aussi à cette gauche qui présentait en 1979 l’ayatollah Khomeini comme le nouveau guide de la révolution en Iran. Mais comme l’idéologie a la vie dure, pendant que la dictature islamiste fait couler le sang de milliers d’innocents, cette gauche, quand elle ne peut plus se taire, ne condamne qu’en chuchotant.
Je conclurai ces quelques lignes par cette phrase de Nietzsche que j’avais déjà citée il y a dix ans ici : « Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. »
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12:10 Publié dans libre pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monarchie, république, démocratie, iran
01/01/2026
Être d'ici, venir d'ailleurs
Malheur à celui qui ne vient pas d'ailleurs. Malheur à l’autochtone ! On ne lui pardonne rien. Il est coupable de tout. Il n'a que vingt ans, et même bien avant au berceau, il a colonisé des zones immenses de la planète. Même les français à naître sont d'anciens colonisateurs. Cent ans, mille ans après on leur reprochera encore. L'homme d'ici est colon dans l'âme. Massacreur des indiens d'Amérique, marchand d'esclaves africains, exploiteur du tiers-monde, sûr qu'il tremblera quand sera venu le moment de peser les âmes. En attendant l'enfer, ce qu'il vit ici-bas en est un avant-goût.
Dans les coulisses du terrorisme, il y a de la religion, de la politique, du racisme et une revanche à prendre. S'il n'y avait que religion et politique, il est certain que ceux qui nous gouvernent – laïques incorruptibles et preux républicains- auraient depuis longtemps sapé le mal à la racine, et fait des fous de dieu d'humbles pénitents. Mais voilà. C'était compter sans la mauvaise conscience des pauvres blancs d’ici et d’ailleurs. Avant-hier, le chevalier blanc en conquête pouvait, sans cheval ni le moindre esprit chevaleresque, maltraiter, assassiner des innocents par peuples entiers. En toute bonne foi, car ces innocents l'étaient vraiment : ils n'avaient pas d'âme paraît-il. Aujourd'hui des personnes qui n'ont jamais été colonisées ni maltraitées et qui sont bien vivantes peuvent se permettre en toute bonne foi de rappeler par l'injure, la violence et le meurtre qu'il y a des années et même des siècles, leurs ascendants ont souffert.
Irions-nous accuser l'enfant d'outre-Rhin d'être le descendant de bourreaux de la pire espèce? Et son père, sa mère, les accuserions-nous? Ses grands-parents? Certainement pas. A moins de considérer un peuple entier comme fautif, ce qui est absurde. D'ailleurs un peuple entier est-ce que ça existe? Peut-on mettre du même côté de la balance un tortionnaire nazi et ses victimes, sous prétexte qu'ils parlent la même langue? Irions-nous accuser les russes de crimes contre l'humanité, alors que leurs propres parents ont été assassinés, internés en hôpitaux psychiatriques ou déportés en Sibérie? Non. Il faut se garder de raisonner en termes généraux, l'humanité n'est pas un troupeau appelé à suivre une bête de tête. Qu'il y ait parmi nous des bêtes immondes, aucun doute n'est permis. Mais il nous est accordé un esprit, une raison, une conscience, autant de facultés qui nous dispensent de toujours suivre, et nous permettent de penser et d'agir librement.
Une grave erreur est de se demander d'où on vient... et d'en rester là. Il vaudrait mieux se demander qui on est. Cela me rappelle cette antienne des années soixante, à entendre un discours on posait la question « D'où parle-t-il celui-là? ». On la posait sans même accorder la moindre attention au propos tenu. On ne jugeait pas le contenu, on enquêtait sur l'origine de ce qui était dit. La forme plutôt que le fond. Dans l'histoire cette façon de ne pas entendre a fait des malheurs, c'était la clé du totalitarisme. Vous aviez raison ou tort selon le camp auquel vous apparteniez. De là les soupçons, puis les poursuites, puis le camp, définitif celui-là pour celui qui n'était pas membre de la nomenclature ou du parti.
Pourquoi grave erreur? Parce que les conséquences sont incalculables en matière de justice. Selon que vous serez blanc ou noir, on vous jugera. Vous vous en prenez à un noir, on vous accuse de racisme. Un noir s'en prend à un blanc, on parle d'incivilité. A l'esprit de repentance s'ajoute l'importance accordée à la question sociale. Dès qu'on a découvert un jour (Marx) que ce n'est pas la conscience qui détermine notre être, mais l'être social qui détermine la conscience, le ver était dans le fruit. Car à celui qui vient d'où il faut -entendez des quartiers, de la banlieue- tout est permis. On l'excuse avant de le juger. Jusqu'à accorder qu'il ne pouvait agir autrement. La misère explique le crime. Elle l'excuse. En plaçant sur le trône l'être social on espérait libérer l'humanité. On instaure au contraire la pire des injustices, en attribuant à l'homme ce cadeau empoisonné : l'irresponsabilité.
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12/11/2025
13 novembre 2015, 7 octobre 2023: la bête immonde
Ce que j'écrivais ici même le 18 novembre 2015.
S'en prennent-ils à nos valeurs? Si l'on tient ce langage, cela revient à dire qu'il y a d'autres valeurs possibles. D'autres façons de concevoir les relations humaines que libres, pacifiques, tolérantes, comme si les valeurs -républicaines ici- pouvaient se concevoir dictatoriales ailleurs, simplement pour satisfaire cette idée qui parcourt les ondes et les écrans et nous fait regarder tout ce qui vient d'ailleurs comme intéressant, teinté d'exotisme, original ?
Si nous envisageons comme acceptable, et même inévitable un mode de vie excluant liberté, tolérance et démocratie, alors envisageons comme possible qu'on exécute une femme adultère, qu'on autorise la polygamie, qu'on excise une petite fille, qu'on interdise toute éducation à la moitié de l'humanité, qu'on tue un apostat, et pourquoi pas qu'on persécute les mécréants, qu'on interdise les cultes chrétiens et juifs, qu'on nie la Shoah, qu'on casse des monuments millénaires, qu'on décapite un innocent, qu'on extermine un comité de rédaction, qu'on tue froidement cent trente personnes qui assistent à un concert.
Non, le terrorisme islamique ne s'en prend pas à nos valeurs, ni à la baguette de pain, ni au cru de Bordeaux, au contraire des armées ennemies qui durant notre histoire franchirent nos frontières, ces nouveaux attaquants en veulent à la terre entière, la proie qu'ils cherchent ici est la même qu'ils cherchent ailleurs, c'est l'Humanité. Car les valeurs qu'on croit parfois être les nôtres viennent d'un lieu aujourd'hui attaqué de toutes parts, le XVIII° siècle, celui des Lumières. Il est question plus ou moins de rendre facultatif cet enseignement, plus ou moins. Afin de ne pas choquer les âmes sensibles. Certes la lecture du Traité sur la tolérance, des Lettres persanes, des articles de l'Encyclopédie pourraient donner des idées aux enfants, il vaut mieux peaufiner en classe l'éducation religieuse dont ils sont déjà saturés à la maison avant de les abandonner devant un écran où ils peuvent eux aussi manier la kalachnikov.
Les valeurs qu'il faut défendre ne sont pas françaises, elles ne sont pas grecques non plus, ni latines, ni allemandes. Elles sont de partout et de nulle part. La liberté, l'égalité, la fraternité, la démocratie, la laïcité, voilà un trésor qu'il faut défendre. Mais à la différence de l'or et du diamant, ce trésor il ne faut surtout pas le dissimuler, plutôt le mettre à la portée du monde, que chacun, d'où qu'il vienne puisse s'en emparer.
Le terrorisme d'aujourd'hui est religieux, essentiellement religieux. Etonnante cette insistance à innocenter la religion, comme si la religiosité ne pouvait apporter à l'humanité que du positif, de l'amour et la paix. Oublié le massacre des indiens d'Amérique, oubliée l'Inquisition, la persécution des hérétiques, des savants, oubliée la rouelle, oubliés les bûchers, oubliés les massacres de la Saint-Barthélemy, les dragonnades! Et aujourd'hui la persécution des chrétiens d'Orient n'est-elle pas religieuse?
La police et l'armée font leur travail. Il nous reste à serrer les poings, nous qui n'avons d'arme que la parole. Il faut nous en servir, et comme la colère nous envahit, le premier qui soutient qu'il n'y a de dieu que Dieu et que Mohammed est son prophète, on l'empoigne et on le conduit à l'école.
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11:39 Publié dans libre pensée, Totalitarisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 13 novembre, 7 octobre, islamisme, totalitarisme

